Sandrine mène l’enquête

Pauline est rayonnante. Elle quitte le divan du psychanalyste, déchargée de toutes ses frustrations. Il faut voir Sandrine Kiberlain épanouie, radieuse. Ce n’est pas normal, cela ne peut pas durer !

F.Ds

Pauline est rayonnante. Elle quitte le divan du psychanalyste, déchargée de toutes ses frustrations. Il faut voir Sandrine Kiberlain épanouie, radieuse. Ce n’est pas normal, cela ne peut pas durer !

Scène suivante, elle se fait plaquer. Scène d’après, sa sœur l’emmène en vacances avec elle et son mari. Scène d’encore après, elle doit partager sa chambre d’hôtel avec une vieille dame. Ah, Sandrine Kiberlain a retrouvé son air naturel, son visage chiffonné, son regard abattu, son sourire en zigzag, son menton jusque par terre, son ton cassant vite irrité.

Revenons à "Pauline détective". Doublement détective, car elle travaille dans le journal du même nom. Est-ce le tempérament, une déformation professionnelle, les deux ? Elle voit des crimes partout. Quand la vieille dame disparaît sans laisser d’adresse et qu’elle découvre ses valises dans un débarras; c’est Miss Marple remontée comme le lapin Duracell. Elle échafaude des hypothèses, imagine des titres de "Une", fait du plagiste son Dr Watson.

En deux films, "La vie d’artiste" et "Copacabana", Marc Fitoussi a fait entendre une petite musique de comédie très perso avec un sens du dialogue et de casting inattendu de la comédienne. C’est précisément ce ton qui a disparu ici au profit d’une loufoquerie proche de celle de Pascal Thomas associé à Agatha Christie.

C’est sans une Italie de pacotille et un décor d’hôtel de studio que Pauline mène l’enquête. Il ne s’agit pas vraiment de ficeler un thriller, mais d’emballer le public avec l’abattage d’une actrice. L’expression s’appliquait autrefois à des tempéraments, type Jacqueline Maillan; aujourd’hui, elle sied à des actrices plus fluettes telles que Frot et Kiberlain.

Sandrine exploite sans modération sa capacité à être délicieusement agaçante. Elle fait tout pour être horripilante, mais on lui pardonne. C’est injuste, mais c’est comme cela. Fitoussi s’emploie à donner du relief à cette caractéristique au moyen d’Audrey Lamy, tout aussi agaçante, mais à qui on ne pardonnera rien. C’est ce qu’on appelle le charme, la cinégénie, l’envoûtement de Miss Kiberlain. Au-delà de cette performance jubilatoire, Fitoussi se livre à un exercice un peu désuet.

Réalisation, scénario : Marc Fitoussi. Images : Céline Bozon. Avec : Sandrine Kiberlain, Audrey Lamy, Claudio Santamaria, Antoine Chappey 1h41