La magie préservée de Kiri kou

En moins de quinze ans, Michel Ocelot a imposé son petit Kirikou, pas grand mais vaillant, aux quatre coins du monde. Jamais deux sans trois : un nouveau long métrage s’imposait, dès lors que le public le réclamait.

Alain Lorfèvre

En moins de quinze ans, Michel Ocelot a imposé son petit Kirikou, pas grand mais vaillant, aux quatre coins du monde. Jamais deux sans trois : un nouveau long métrage s’imposait, dès lors que le public le réclamait.

Pour ne pas se lasser, le vénérable réalisateur français (bientôt 70 printemps) a décidé de varier un peu la technique. Fini l’animation en 2D traditionnelle, voici des personnages modélisés en 3D, puis texturés avec une apparence 2D. Ils y gagnent en souplesse de mouvement et en expressivité. La mise en scène en devient plus ample, même si Ocelot reste fidèle à une simplicité formelle en accord avec la pureté de son sujet.

Sur la narration, le principe reste le même que dans "Kirikou et les bêtes sauvages" (2008) : le grand-père nous conte une série d’aventures de Kirikou, dont le village a toujours maille à partir avec la sorcière Karaba et ses fétiches pas toujours futés. Successivement, Kirikou et sa mère aideront la femme forte, une voisine punie par Karaba (mais pas toujours à plaindre pour autant), le vieux grincheux du village à deux doigts de se faire dévorer par une hyène, un jeune étranger à la peau claire et aux yeux bleus, une conteuse et, enfin, en aidant les bébés à s’endormir, rappelleront à Karaba que la musique adoucit les mœurs. La sorcière, une fois de plus, apparaîtra sous un jour inattendu, car chez Ocelot, les méchants restent des êtres humains que l’on peut sauver dès lors que l’on s’attache à les comprendre plutôt qu’à les détruire.

Sans moralisme appuyé, Michel Ocelot distille toujours des messages d’amour, de tolérance et d’harmonie. Il ne renie pas le naturalisme assumé des premiers films. Dans son village africain, les femmes vont seins nus et les enfants ne portent pas de pagne. Élémentaires, donc jamais vulgaires, les partis pris du réalisateur, toujours atténués par une esthétique idéalement stylisée, préservent à Kirikou, pour ce troisième opus, sa singularité et son charme. Toujours petit par la taille mais toujours grand dans les faits, le jeune héros n’est pas prêt d’arrêter de faire des émules, de tous âges. Qui en redemanderont sans doute encore - même si son créateur assure que ce troisième film sera bel et bien le dernier.

Réalisation : Michel Ocelot. Scénario : Michel Ocelot, Bénédicte Galup, Susie Morgenstern, Cendrine Maubourguet. Avec les voix de Romann Berrux, Awa Sène Sarr 1h28

L’entretien avec Michel Ocelot est paru dans La Libre Belgique du 23 octobre.