Comme un homme en cage

Comme celui qu’il ramène, Rudy a été un canari en cage pendant sept ans. Un vilain petit canari, qui a fait une bêtise, de celles dont on se remet difficilement. Une vie à reconstruire, mais lui, le bon mécano de l’électroménager, va découvrir que les temps ont changé : on ne blanchit plus les pièces usagées, on les remise à la casse. Offline - hors circuit - dans sa vie, Rudy tente d’en réparer un morceau online, où il retrouve Vicky sur un site de messagerie rose. Vicky, jeune et jolie, pétillante, qui cache sa double vie à son copain et aussi un secret. C’est que la belle et la bête ont un point commun.

A.Lo.

Comme celui qu’il ramène, Rudy a été un canari en cage pendant sept ans. Un vilain petit canari, qui a fait une bêtise, de celles dont on se remet difficilement. Une vie à reconstruire, mais lui, le bon mécano de l’électroménager, va découvrir que les temps ont changé : on ne blanchit plus les pièces usagées, on les remise à la casse. Offline - hors circuit - dans sa vie, Rudy tente d’en réparer un morceau online, où il retrouve Vicky sur un site de messagerie rose. Vicky, jeune et jolie, pétillante, qui cache sa double vie à son copain et aussi un secret. C’est que la belle et la bête ont un point commun.

Peter Monsaert signe une fable moderne - l’histoire de la quête de rédemption d’un ogre malgré lui. Le tout ancré dans le quotidien d’une cité du Nord - avec ses maisons ouvrières, ses autoroutes urbaines, ses agences pour l’emploi et ses espaces publics sans âme - et beaucoup de terrains vagues, comme chez Brel, propices, au choix, à la mélancolie ou au cafard. Pour électriser ce tableau, quelques riffs de Triggerfinger lors des montées d’adrénaline, une photographie léchée signée Ruben Impens. Il en va, hélas, d’un certain cinéma flamand comme d’un certain cinéma wallon-francophone, qui laboure film après film les mêmes sillons, avec les mêmes personnages borderlines, remuant colère et révolte. Les profils psychologiques ne varient guère, les séquences sont interchangeables. Comme Rudy avec sa camionnette publicitaire, on tourne en rond à la périphérie d’un vrai faux cinéma social dont les messages ressemblent à des formules prémâchées. C’est respectable, certes, mais pas mémorable.

Heureusement, les acteurs se donnent. Wim Willaert, dont on se souvient chez Yolande Moreau et Gilles Porte ("Quand la mer monte") ou Koen Mortier ("Ex Drummer", "Soudain le 22 mai"), entre autres, décline son personnage d’écorché vif et rugueux. Anemone Valcke, qui avait éclos dans "Moscow-Belgium" de Christophe Van Rompaey et qu’on reverra encore cet hiver dans "Brasserie romantique", s’impose comme une jeune pousse talentueuse. N’était leur présence magnétique, on se retrouverait trop souvent "offline" d’un scénario répétitif et excessif une fois son intrigue, un rien artificielle, posée et sa principale révélation - par ailleurs prévisible - éventée.

Réalisation : Peter Monsaert. Scénario : Peter Monsaert, Dominique Willaert, Tom Dupont. Avec : Wim Willaert, Anemone Valcke, Patricia Goemaere, 1h55