Présumé coupable

Lucas (Mads Mikkelsen) est un homme calme et tempéré. Même s’il peut passer un week-end de chasse à tirer le gibier, vider des canettes de bière et se baigner nu avec ses amis. A la ville, c’est un éducateur de préscolaires, attentionné et affectueux. Il prête notamment une attention toute particulière à la petite Klara (Annika Wedderkopp), cinq ans, parce qu’il sait que le couple de ses parents bat de l’aile. Klara trouve en Lucas un ami attentif. Avec l’innocence de son âge, elle opère un transfert sur Lucas. Au point que ce dernier doit reprendre ses distances. Déçue, l’enfant va vouloir punir Lucas. Sans mesurer le poids des accusations qu’elle va porter. Du jour au lendemain, l’univers de l’enseignant bascule. Et dans la petite communauté où il vit, l’opprobre le dispute très rapidement à la vindicte.

A.Lo.

Lucas (Mads Mikkelsen) est un homme calme et tempéré. Même s’il peut passer un week-end de chasse à tirer le gibier, vider des canettes de bière et se baigner nu avec ses amis. A la ville, c’est un éducateur de préscolaires, attentionné et affectueux. Il prête notamment une attention toute particulière à la petite Klara (Annika Wedderkopp), cinq ans, parce qu’il sait que le couple de ses parents bat de l’aile. Klara trouve en Lucas un ami attentif. Avec l’innocence de son âge, elle opère un transfert sur Lucas. Au point que ce dernier doit reprendre ses distances. Déçue, l’enfant va vouloir punir Lucas. Sans mesurer le poids des accusations qu’elle va porter. Du jour au lendemain, l’univers de l’enseignant bascule. Et dans la petite communauté où il vit, l’opprobre le dispute très rapidement à la vindicte.

"Submarino", en 2010, avait marqué le retour de Vinterberg à ses sources cinématographiques, après une décennie d’errements consécutifs au succès écrasant de "Festen", prix du jury à Cannes en 1998. Dans ce dernier, Christian luttait seul contre tous pour révéler l’inceste commis par son père. Dans "La chasse", Lucas, accusé d’abus sexuel sur une enfant, ne parvient pas à convaincre de son innocence - la vérité sort toujours de la bouche des enfants. C’est comme si Vinterberg avait voulu compenser l’impact énorme de son deuxième film. Surtout, le réalisateur, en entretien, insiste sur le fait qu’à ses yeux la société a profondément changé en quinze ans. "Nous vivons désormais dans la peur". Et cette peur, surtout chez les bien-pensants, pousse aux pires extrémités. Si Vinterberg juge - ou émet un commentaire moral, à tout le moins - c’est moins sur le système que sur la société dans son ensemble et sa spirale collective : même si Klara tente de se rétracter, le mal est fait et plus personne ne l’écoute. Les individus, eux, trouvent grâce à ses yeux : ils se trompent, certes, peuvent se laisser aller aux pires extrémités, mais le font toujours en étant convaincus d’agir pour le bien collectif.

Vinterberg n’a pas peur de forcer le trait. Lucas est résolument dans la retenue, encaissant les coups au-delà du raisonnable - jusqu’à une scène-soupape explosive. En face, rares sont ceux qui accordent crédit à ses protestations d’innocence. C’est blanc ou noir. Mais la réalité de certains faits divers, chez nous comme en Scandinavie, fut parfois aussi caricaturale. Si le réalisateur épargne les autorités, s’il élude la dimension médiatique, il charge par contre la barque des représentants de la protection de l’enfance. "La chasse", à cet égard, n’est pas toujours exempt de manichéisme ou d’effet démonstratif. Mais Vinterberg reste maître dans l’art de dépeindre un microcosme qui part en vrille. Surtout, c’est un directeur d’acteurs magistral - voir ici son travail avec la jeune Annika Wedderkopp - ce qui fait des étincelles lorsqu’il a à son service un comédien de la trempe de Mads Mikkelsen. Cette force de la nature paraît soudain fragile et écrasée. Son prix d’interprétation au dernier festival de Cannes était amplement mérité.

Réalisation : Thomas Vinterberg. Scénario : Thomas Vinterberg, Tobias Lindholm. Avec Mads Mikkelsen, Annika Wedderkopp, Thomas bo Larsen, Susse Wold, 1h46