Le méchant se rebiffe

Ralph est le méchant d’un vieux jeu vidéo d’arcade. Depuis trente ans, il détruit chaque jour le même immeuble, reconstruit par le héros du jeu, Fix-It Felix Jr. Pour le pauvre Ralph, la nuit se passe sur la décharge de brique, hors écran, tandis que Felix reçoit sa énième médaille, qu’il fête avec les habitants du building, reconnaissants. Après avoir tenté vainement une thérapie de groupe, en compagnie de tous les méchants de la salle de jeu, Ralph se décide à prouver qu’il peut lui aussi être un héros et gagner une médaille, Ralph pénètre clandestinement dans un jeu contemporain, "Hero’s Duty", dont les soldats futuristes combattent des hordes de cyberinsectes extraterrestres. Ce faisant, le malheureux Ralph provoque un enchaînement de catastrophes qui le fait atterrir dans un autre jeu, "Candy Race", dont il menace tout l’équilibre

A.Lo.

Ralph est le méchant d’un vieux jeu vidéo d’arcade. Depuis trente ans, il détruit chaque jour le même immeuble, reconstruit par le héros du jeu, Fix-It Felix Jr. Pour le pauvre Ralph, la nuit se passe sur la décharge de brique, hors écran, tandis que Felix reçoit sa énième médaille, qu’il fête avec les habitants du building, reconnaissants. Après avoir tenté vainement une thérapie de groupe, en compagnie de tous les méchants de la salle de jeu, Ralph se décide à prouver qu’il peut lui aussi être un héros et gagner une médaille, Ralph pénètre clandestinement dans un jeu contemporain, "Hero’s Duty", dont les soldats futuristes combattent des hordes de cyberinsectes extraterrestres. Ce faisant, le malheureux Ralph provoque un enchaînement de catastrophes qui le fait atterrir dans un autre jeu, "Candy Race", dont il menace tout l’équilibre

De prime abord, "Les Mondes de Ralph" ressemble à un succédané de "Toy Story", transposé dans l’univers des jeux vidéos. La nostalgie qui touche les scénaristes et réalisateurs d’animation contemporains est d’ailleurs du même ordre que celle qui touchait John Lasseter et Cie, version âge digital : les héros de jeu de leur enfance sont Pac-Man, Super Mario Bros et autres protofigures du gaming (et aussi celles des parents d’aujourd’hui). Si l’on pourra aussi y trouver quelques réminiscences de "Monstres et Cie" (dans l’organisation interne du petit peuple des jeux) ou du tutélaire "Alice au pays des merveilles" de Lewis Caroll (pour la folie du royaume de "Candy Race"), le scénario de Jennifer Lee et Phil Johnston quitte rapidement le second degré référentiel pour mettre en place un univers cohérent et, surtout, développer une histoire bourrée de rebondissements, d’humour et d’excellentes idées.

Une fois n’est pas coutume, les deux personnages principaux, Ralph et la petite Vanellope, un avatar inabouti, sont des antihéros qui, à vouloir rencontrer la norme, ne font que renforcer leur statut de proscrits. On est loin des princes et princesses. Reflet de l’air du temps ? Aux Etats-Unis, nombreux sont les gosses qui, par l’intermédiaire de leurs parents, doivent s’identifier à ses "cols bleus" et laissés-pour-compte du "système". Mickey, lui aussi, lors de sa naissance à la fin des années 1920, était un fils du peuple de la Grande Dépression

Sans asséner cependant de message trop pesant, le film évolue ainsi avec humour et beaucoup de sensibilité (le profil psychologique des personnages est plus complexe que de coutume) sur plusieurs niveaux, balayant avec intelligence trois décennies de culture du gaming - de quoi toucher autant de générations de spectateurs. Au final, on peut même y trouver une petite réflexion sur la solidarité interclasses et un refus de l’obsolescence technologique - ce qui, venant d’une maison qui capitalise autant sur ses classiques, était la moindre des choses. Disney vient de signer son premier récit moderne depuis des lustres. Et c’est une réussite. Happy game over .

Note : on rappellera toutefois aux têtes blondes, au sortir de la salle, que la consommation excessive de confiseries peut nuire à la santé.

Réalisation : Rich Moore. Scénario : Jennifer Lee, Phil Johnston. Avec les voix anglaises de : John C. Reilly, Jack McBrayer, Jane Lynch, Sarah Silverman Voix françaises : François-Xavier Demaison, Dorothée Pousséo, Donald Reignoux 1h48.