Blessure originelle

Directrice de casting réputée - elle a travaillé sur "Indigènes" de Bouchareb, "Mr Nobody" de Van Dormael ou "Illégal" de Masset-Depasse-, Kadija Leclere fut avant cela comédienne. Après trois courts métrages, elle a également décidé de franchir le pas en tournant un premier long très personnel. Pour raconter l’histoire d’une gamine séquestrée par son père au Maroc, Kadija Leclere s’est en effet inspirée de sa propre enfance. Si ce n’est qu’elle a été "enlevée et enfermée pendant deux ans, quatre mois, dix jours" , alors que sa jeune héroïne devra, elle, grandir dans son nouveau pays

H. H.

Directrice de casting réputée - elle a travaillé sur "Indigènes" de Bouchareb, "Mr Nobody" de Van Dormael ou "Illégal" de Masset-Depasse-, Kadija Leclere fut avant cela comédienne. Après trois courts métrages, elle a également décidé de franchir le pas en tournant un premier long très personnel. Pour raconter l’histoire d’une gamine séquestrée par son père au Maroc, Kadija Leclere s’est en effet inspirée de sa propre enfance. Si ce n’est qu’elle a été "enlevée et enfermée pendant deux ans, quatre mois, dix jours" , alors que sa jeune héroïne devra, elle, grandir dans son nouveau pays

Le récit débute en décembre 1975, dans un foyer d’accueil catholique d’Alsemberg. Sarah, gamine de 8 ans qui rêve de revoir ses parents, reçoit une visite inattendue, celle de son père. Lequel affirme à la mère supérieure vouloir emmener sa fille en week-end à Paris. Elle se réveillera au Maroc Eduquée à l’occidentale, Sarah va devoir s’accommoder des traditions locales. Et se faire une raison : ici, à l’école, les gamines n’apprennent qu’une chose : à tricoter. En grandissant, Sarah n’a que deux envies : revoir sa mère et tenter à tout prix de rentrer en Europe.

Dans "Un sac de farine", on retrouve tous les thèmes esquissés par Kadija Leclere dans ses courts métrages "Camille", "Sarah" et "La pelote de laine". Elle continue en effet à creuser la même question qui la cheville au corps : celle de l’appartenance à une double culture. Comment grandir en se sentant étranger aussi bien dans son pays d’accueil que dans son pays d’origine ? Les intentions sont éminemment respectables mais malheureusement, ce n’est pas assez pour faire un bon film. Engoncé dans ses bons sentiments, "Un sac de farine" ne parvient en effet jamais à s’incarner, à dépasser le cadre du simple témoignage.

Pourtant, Kadija Leclere peut compter sur un double à l’écran parfait. Après "La graine et le mulet", on retrouve en effet Hafsia Herzi en terrain connu. La jeune comédienne ne se ménage pas pour faire vivre cette adolescente en rébellion. Mais cela ne suffit pas à alléger ce "Sac de farine", endormi dans une douce léthargie. Alors que le film devrait transpirer la révolte, être traversé par une énergie brute, la mise en scène est absente, voire poussiéreuse. Dommage car le thème aurait mérité un traitement plus engagé.

Réalisation : Kadija Leclere. Scénario : Kadija Leclere et Pierre-Olivier Mornas. Musique : Christophe Vervoort. Avec : Hafsia Herzi, Hiam Abbass, Smaïn Faïrouze 1 h 32.