Moi, Komona, 12 ans, guerrière

Un matin, les rebelles du Tigre royal sont arrivés dans le village de Komona (extraordinaire Rachel Mwanza, prix d’interprétation au dernier festival de Berlin). La jeune fille de douze ans a été forcée de tuer ses parents, puis enrôlée de force dans la guérilla. Après un entraînement rapide, son baptême du feu sera marqué d’un fait extraordinaire : Komona peut voir les fantômes de ses proches, qui l’avertissent du danger. Sorcière aux yeux de ses compagnons, Komona se bat sous la protection de Magicien, un autre ado soldat lui aussi respecté pour ses pouvoirs surnaturels. Mais la jeune femme, hantée, ne peut connaître la paix.

A.Lo.

Un matin, les rebelles du Tigre royal sont arrivés dans le village de Komona (extraordinaire Rachel Mwanza, prix d’interprétation au dernier festival de Berlin). La jeune fille de douze ans a été forcée de tuer ses parents, puis enrôlée de force dans la guérilla. Après un entraînement rapide, son baptême du feu sera marqué d’un fait extraordinaire : Komona peut voir les fantômes de ses proches, qui l’avertissent du danger. Sorcière aux yeux de ses compagnons, Komona se bat sous la protection de Magicien, un autre ado soldat lui aussi respecté pour ses pouvoirs surnaturels. Mais la jeune femme, hantée, ne peut connaître la paix.

Sur les enfants soldats africains, le Français Jean-Stéphane Sauvaire a déjà fourni un docudrame glaçant il y a deux ans avec "Johnny Mad Dog". Le Canadien Kim Nguyen a choisi une approche plus symboliste dans "Rebelle". Les lieux et les faits sont indéterminés. Le récit gagne en intimité parce qu’il est conté à la première personne par Komona, qui s’adresse à son enfant à naître - un choix narratif qui n’est pas anodin, puisqu’il suggère la possibilité d’un futur meilleur.

Les démons de la jeune fille emportent le film vers un réalisme magique proprement envoûtant. Les brusques sursauts de violence alternent avec des moments oniriques. Evitant un naturalisme trop pesant, Nguyen signe une œuvre dramatique où sont parfaitement incarnés les différents personnages, grâce à une kyrielle d’acteurs non professionnels ou professionnels totalement convaincants - au premier rang desquels Rachel Mwanza. A juste titre : le périple de Komona et de Magicien se passe de toute réflexion géopolitique pour se concentrer sur l’humain. Comment survit-on lorsque c’est au prix de la vie des autres ? Le seul Blanc que croisera Komona, agent d’une ONG, sera, dans une scène hautement symbolique, l’objet d’un racket, qui semble résumer bien la vacuité de l’action coopérante aux yeux du réalisateur. Les signes de modernité du film semblent incongrus : ruines de béton à l’esthétique asiatique, station satellite désaffectée Comme dans "Johnny Mad Dog", l’influence trompeuse du cinéma occidental est suggérée par un gros plan de Jean-Claude Van Damme proférant un "I’m going back. I’m going to fight" que regarde une poignée de combattants juvéniles sur l’écran vidéo d’un car touristique réduit à l’état d’une carcasse

Loin du misérabilisme souvent propre à ce sujet, Nguyen offre à Komona une porte de sortie et termine son film sur une note d’espoir. Au cœur des ténèbres, ce sont des gestes désintéressés qui la sauveront. En croyant en l’humanité après en avoir montré le pire, Kim Nguyen donne une raison d’être à ce film au propos universel.

Réalisation : Kim Nguyen. Avec Rachel Mwanza, Alain Bastien, Serge Knyinda, 1h30

"Rebelle" est présenté au Festival Ramdam.