Very bad script

Le pitch avait du potentiel. Un jeune homme veut devenir écrivain. Il s’y consacre toutes les nuits. La journée, il la passe au bras de sa très jolie femme à se promener dans les rues de New York.

Fernand Denis

Le pitch avait du potentiel. Un jeune homme veut devenir écrivain. Il s’y consacre toutes les nuits. La journée, il la passe au bras de sa très jolie femme à se promener dans les rues de New York.

Un premier manuscrit soulève l’enthousiasme d’un agent littéraire mais pas jusqu’au "bon à tirer". C’est que pour ce spécialiste, l’époque n’est pas à ce genre de roman. Kathryn Stockett connaît l’argument, elle l’a entendu 63 fois pour "La couleur des sentiments".

Il se remet au clavier mais pour boucler le mois, il lui faut aller voir papa, lequel finit par lui dire que devenir adulte, c’est connaître ses limites. Adieu Pullitzer, Booker Prize, Nobel de littérature; le fiston accepte un boulot de responsable du courrier - homme de lettres, tout de même - dans une maison d’édition.

Désormais, il a les moyens d’épouser sa belle, de l’emmener en voyage de noces à Paris. Chez un brocanteur, elle lui achète une vieille mallette dans laquelle il découvre, un jour, un manuscrit tout jauni. Il entame l’incipit et ne lâche plus jusqu’au point final. Un chef-d’œuvre. Il le retape même pour sentir les mots sous ses doigts, le signe et le dépose sur le bon bureau d’un agent littéraire. Quelques mois plus tard, les critiques lui offrent leur prix annuel et les libraires vendent l’ouvrage comme des petits Levy. Un après-midi, à Central Park, un vieux monsieur s’installe sur son banc et lui parle de son best-seller. L’auteur, c’est lui.

Il y avait beaucoup de suites possibles. Celle du scandale, avec la chute humiliante d’une célébrité. Celle de l’association, l’un a le nom qui vend, l’autre a le talent et c’est une exploration de l’univers du nègre. Celle de la crise de conscience qui voit notre écrivain s’allonger des années sur un divan. Celle de la crise du couple, elle croyait avoir épousé le nouvel Hemingway, c’est pour elle que sonne le glas (des illusions). Celle de la créativité, il lui arrive enfin quelque chose à raconter.

Quelle est la piste choisie par Brian Klugman et Lee Sterntha ? Car ils se sont mis à deux pour écrire et réaliser ce film. Celle du pouvoir des mots. Malheureusement, ils s’en tiennent à des clichés. Si l’intention est de parler du poids que peut avoir un livre dans une vie, on s’en tient ici au grammage du papier.

Les auteurs écoutaient-ils la partition de Marcelo Zarvos pendant l’écriture ? Une telle rasade de violons guimauveux n’inspire forcément que des platitudes. Les acteurs masquent, comme ils peuvent, la légèreté du propos. Jeremy Irons avec des trémolos retenus, Olivia Wilde avec ses beaux yeux, Dennis Quaid avec son émouvant coup de vieux. Zoe Saldana avec une élégance de mannequin. Bradley Cooper, lui, se saoule à l’ivresse intellectuelle. Et bardaf, c’est encore une fois, la "hangover". Very bad trip ?

Réalisation, scénario : Brian Klugman, Lee Sternthal. Musique : Marcelo Zarvos. Avec Bradley Cooper, Zoe Saldana, Olivia Wilde, Jeremy Irons 1h 36