Wilson, Luchini et Molière

Gauthier Valence, premier rôle de la série "Docteur Morange", fait la une des magazines télé. Mais l’acteur aimerait rappeler qu’il est aussi un comédien classique. Il s’en va donc proposer à un vieux compère aigri, vivant en ermite sur l’île de Ré, de monter avec lui "Le Misanthrope" de Molière. Difficile de le persuader, Serge Tanneur, lui qui ne veut même pas un tout-à-l’égout chez lui ("Je n’aime pas être raccordé, je veux être indépendant") et qui a fui Paris, le cinéma, "ce monde de rats, ces gens vulgaires". Mais remonter sur les planches pour jouer Alceste, ah oui, pourquoi pas finalement ? Sauf que Gauthier se voyait plutôt dans le rôle de l’atrabilaire personnage Alors, alors, les deux frères ennemis se disent que, après tout, ils pourraient bien alterner le rôle. Et Serge de proposer à Gauthier un marché : une semaine de lecture sur l’île de Ré, pour éprouver ensemble le rôle et leur envie de partager la scène.

A.Lo.

Gauthier Valence, premier rôle de la série "Docteur Morange", fait la une des magazines télé. Mais l’acteur aimerait rappeler qu’il est aussi un comédien classique. Il s’en va donc proposer à un vieux compère aigri, vivant en ermite sur l’île de Ré, de monter avec lui "Le Misanthrope" de Molière. Difficile de le persuader, Serge Tanneur, lui qui ne veut même pas un tout-à-l’égout chez lui ("Je n’aime pas être raccordé, je veux être indépendant") et qui a fui Paris, le cinéma, "ce monde de rats, ces gens vulgaires". Mais remonter sur les planches pour jouer Alceste, ah oui, pourquoi pas finalement ? Sauf que Gauthier se voyait plutôt dans le rôle de l’atrabilaire personnage Alors, alors, les deux frères ennemis se disent que, après tout, ils pourraient bien alterner le rôle. Et Serge de proposer à Gauthier un marché : une semaine de lecture sur l’île de Ré, pour éprouver ensemble le rôle et leur envie de partager la scène.

Le grand intérêt de ce nouveau film de Philippe le Guay ("Les femmes du 6e étage"), c’est évidemment la confrontation entre Lambert Wilson et Fabrice Luchini autour du texte de Molière. Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, le second a coécrit le scénario avec Le Guay - petite inversion de rôles par rapport au film, où c’est le personnage de Wilson, prisonnier d’une image, qui sollicite celui de Luchini. Chacun dans son registre, tout en se mettant dans la peau de deux personnages un peu fats et narcissiques, y va de ses variations autour du texte. Magie du jeu et de l’art de deux grands comédiens, qui peuvent soudain offrir d’un même alexandrin une déclinaison aux infimes nuances. Le tout agrémenté de bons mots et saillies diverses ("Alceste, c’est pas un torturé. C’est pas Che Guevara !"). Entre les séances, les deux rivaux déambulent à vélo, sur les pistes de l’île de Ré, passages un peu plus faibles, parfois à la limite du burlesque, qui les conduisent à la rencontre, elle aussi un peu superficielle, d’une belle divorcée italienne, prétexte scénaristique à souligner un peu trop la jalousie entre Serge et Gauthier.

Mais c’est dans sa réflexion sans prétention sur le métier d’acteur - acteur de télé, acteur de théâtre, acteur idéaliste et, même, actrice de porno - que "Alceste à bicyclette" trouve son délicat équilibre. Quoiqu’un peu tortueuse, la balade, à l’air vivifiant par instants, vaut le détour.

Réalisation : Philippe Le Guay. Scénario : Philippe Le Guay et Fabrice Luchini. Avec Lambert Wilson, Fabrice Luchini 1h44

Entretien avec Lambert Wilson en pages Culture.