Et si le printemps ne revenait pas

Dans un petit village, on s’apprête à brûler Bonhomme Hiver au sommet du grand feu de la Saint-Jean pour marquer la fin de l’hiver. Mais, quoi qu’on fasse, impossible d’allumer la moindre brindille ! La fête tombe à l’eau Quelques semaines plus tard, l’inquiétude des villageois est palpable : les graines refusent de germer, les abeilles continuent d’hiberner et les arbres n’ont toujours pas le moindre bourgeon Il faut se faire une raison : le printemps refuse de revenir !

H. H.

Dans un petit village, on s’apprête à brûler Bonhomme Hiver au sommet du grand feu de la Saint-Jean pour marquer la fin de l’hiver. Mais, quoi qu’on fasse, impossible d’allumer la moindre brindille ! La fête tombe à l’eau Quelques semaines plus tard, l’inquiétude des villageois est palpable : les graines refusent de germer, les abeilles continuent d’hiberner et les arbres n’ont toujours pas le moindre bourgeon Il faut se faire une raison : le printemps refuse de revenir !

Le troisième essai du Flamand Peter Brosens et de l’Américaine Jessica Woodworth s’inscrit parfaitement dans la lignée de leurs deux films précédents, "Khadak" et "Altiplano". Soit un nouveau poème visuel qui explore la spiritualité et la place de l’homme dans la nature. Après l’Asie et l’Amérique du Sud, c’est cette fois dans le Condroz, à Falaën, où ils sont installés depuis des années, que le couple a choisi d’inscrire son récit. Pour faire émerger la spiritualité de nos campagnes, ils convoquent les traditions anciennes, les revisitent ou les inventent. Mais les prennent toujours au premier degré, de façon à créer un décalage avec le réel, en convoquant une forme de panthéisme inhabituel sous nos latitudes.

Totalement métaphorique, "La cinquième saison" est une réflexion sur la fin du monde ou plutôt sur la fin de société et le retour à la barbarie. En prenant comme point de départ un dérèglement écologique, le film résonne forcément avec notre temps, marqué par les inquiétudes quant à l’avenir de la planète. En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson ne prophétisait-elle pas déjà un "Printemps silencieux", dans un cri d’alarme contre l’usage des pesticides, qui finiraient par rendre stérile la terre, tuer les insectes et donc faire disparaître les oiseaux On retrouve tout cela dans "La cinquième saison" et sa description cauchemardesque d’un monde stérile où les hommes finissent par s’entre-déchirer et rechercher à tout prix un bouc émissaire au lieu de faire face à leur responsabilité collective.

Très convaincants dans la mise en place de leur propos, Brosens et Woodworth se montrent moins à l’aise dans la seconde partie, plus convenue. Trop théâtral, trop onirique, le récit devient grandiloquent, pour ne pas dire grand-guignolesque dans la dernière demi-heure. Car si l’on apprécie l’humour burlesque qui allège souvent le propos -à commencer par l’incroyable scène d’ouverture, qui confronte un paysan et son coq refusant de chanter-, les références musicales convoquées (comme "La Passion" de Bach) ou quelques images très fabriquées donnent un côté trop pompeux à l’ensemble. Même si, esthétiquement, Brosens et Woodworth impressionnent par leur sens du cadrage et des repérages et leur capacité à décrire la fragilité du monde et de l’homme.

Scénario et réalisation : Peter Brosens et Jessica Woodworth. Photographie : Hans Bruch Jr. Montage : Jessica Woodworth. Avec Sam Louwyck, Damien Marchal, Peter Van den Begin, Aurélia Poirier 1 h 33.

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