Kin, cité bouillonnante parcourue d’étincelles

C’est un concours de circonstances qui m’a amené à faire ce film. J’avais un projet en Chine qui n’aboutissait pas, et un ami producteur, Michel Winter, qui est le manager de Konono n°1, m’a montré différents groupes congolais qu’il avait vus en répétition. Cela m’a donné envie d’aller filmer tous ces musiciens sur place. On les voyait jouer dans une parcelle, dans un parc, dans une cour."

Karin Tshidimba

Entretien

C’est un concours de circonstances qui m’a amené à faire ce film. J’avais un projet en Chine qui n’aboutissait pas, et un ami producteur, Michel Winter, qui est le manager de Konono n°1, m’a montré différents groupes congolais qu’il avait vus en répétition. Cela m’a donné envie d’aller filmer tous ces musiciens sur place. On les voyait jouer dans une parcelle, dans un parc, dans une cour."

"J’ai beaucoup voyagé en Afrique (Niger, Burkina Faso, Rwanda), mais malgré cela, j’ai eu un choc en arrivant à Kinshasa : le monde, le bruit, les embouteillages, la violence, les coupures d’eau et d’électricité. C’était incroyable, mais j’ai adoré !", poursuit Marc-Henri Wajnberg. "Ce souk permanent, les sourires, la tchatche, la musique et cette envie de s’en sortir qu’on ressent. Autant j’adore la Namibie, où tout est "clean", autant j’adore l’énergie de Kin. Cette découverte m’a complètement fait changer de cap."

Comment s’est déroulé le tournage ?

Pour faire mon film, je suis retourné six ou sept fois sur place; le tournage a eu lieu entre décembre 2010 et mars 2011. Je me suis promené dans des quartiers où je ne croisais pas un seul Blanc de la journée.

Même si cela n’a pas toujours été facile (et c’est un fameux euphémisme !), je me baladais seul, car je n’avais pas envie d’avoir un chaperon, et c’est pour cela aussi que tu as de supercontacts avec les gens. Tu vois des trucs dingues Bien sûr, il y a la violence faite aux femmes et aux enfants, mais aussi l’énergie et la musique qui est partout. Chacune de ces impressions, de ces feelings vaut un film à lui seul.

Ce qui frappe, c’est sa forme hybride ...

Je voulais faire un film de croisement qui ressemble aux expériences que j’ai vécues ou qu’on m’a racontées. Avec tous ces gens que j’ai croisés : policier, mamans du marché, enfants, musiciens, shegués et handicapés. Souvent, les shegués sont liés à certains adultes, c’est un autre aspect de la vie et de la ville que je voulais montrer.

Je suis pour le décloisonnement, j’ai fait un film transgenre. José n’a jamais été dans cette église, ce n’est pas sa mère, ni son père qu’on voit à l’écran, mais chacun d’eux a vécu cette expérience. La moitié des enfants que l’on trouve dans les rues ont subi des sévices... Les problèmes que Joséphine rencontre avec son proprio sont semblables à ceux qu’elle a vécus auparavant.

Rien n’est donc réellement "inventé", mais tout est mis en scène. Pour que cela fonctionne, il fallait un fil rouge tout en laissant la porte ouverte aux imprévus, et il y en a quelques-uns dans le film C’est ce qui amène aussi le naturel.

Il y a aussi une vraie part documentaire...

Il y a trois "pures" séquences documentaires dans le film: l’exorcisme et l’accident de voiture du début, la bagarre des gosses, ainsi que le moment où le sac de Django se casse et que sa "matière" se répand par terre. Tout le reste, c’est du docu-fiction, c’est-à-dire du documentaire avec des parties d’intrigues reconstituées. Et la structure est documentaire, car on improvisait au cœur du réel (marché, etc.). Je sais que cela perturbe les gens, mais cette forme ouvre aussi la porte à de nouveaux genres, de nouvelles personnes.

Le secret, c’est que tout ce qu’ils "rejouent" est tellement proche de ce qu’ils vivent qu’ils sont forcément "top crédibles". Ce sont des comédiens incroyables, des acteurs-nés.

Nous avons travaillé six mois avec tous ces enfants, de vrais talents à l’état pur, c’est cela, aussi, la force du Congo.

Une formation qui a permis à la jeune Rachel de trouver un autre rôle dans le film “Rebelle” qui, finalement, a été distribué avant “Kinshasa Kids”.

Oui, et tant mieux pour elle, car c’est le but: qu’ils s’en sortent. Bebson est un musicien réputé ingérable, mais cela s’est magnifiquement passé. Aujourd’hui, je cherche un manager pour le faire tourner. Ce film est un hommage à l’énergie et au talent des Congolais, mais nous avons aussi la volonté de faire bouger les choses, pour les musiciens et les enfants. Nous continuons à avoir des contacts avec l’école Don Bosco, et deux enfants vus dans le film ont déjà pu être réinsérés.

Certains Congolais sont dans un tel état de désespoir qu’ils sont prêts à croire n’importe quoi. Ces "pasteurs" disent qu’ils sont en contact avec Dieu et le Diable. Et en même temps, la logique économique veut que l’exorcisme ne fonctionne pas à chaque fois. Sans cela, ils n’auraient plus de séances et, donc, plus d’argent. Il suffit de calculer: 30000 enfants, 2 exorcismes par semaine, 3000 églises En quelques semaines, cela devrait être terminé.

Je travaille avec la communauté belgo-congolaise de Matonge qui a très bien réagi au film. Tous souhaitent qu’on s’occupe et qu’on dénonce ces pratiques contre les enfants dits "sorciers". Mon projet est de continuer à faire bouger les choses pour que cette maltraitance au sein des églises s’arrête.

Afin d’accompagner au mieux son film, Marc-Henri Wajnberg met d’ailleurs la dernière main à un dossier pédagogique à destination des enfants, car, après la sortie belge, se profile déjà la sortie française, en avril.