Une vie de singe

Il était une fois. Et c’est comme cela, depuis des millénaires, mais il était une fois maintenant, dans la forêt tropicale, un petit chimpanzé surnommé Oscar et sa maman. Ils sont membres d’une belle grande famille de chimpanzés - environ 35 - sous la conduite de leur chef, Freddie, qui veille sur eux et surveille leur territoire.

F.Ds

Il était une fois. Et c’est comme cela, depuis des millénaires, mais il était une fois maintenant, dans la forêt tropicale, un petit chimpanzé surnommé Oscar et sa maman. Ils sont membres d’une belle grande famille de chimpanzés - environ 35 - sous la conduite de leur chef, Freddie, qui veille sur eux et surveille leur territoire.

On les suit dans leur vie quotidienne. Il faut trouver à manger, le plus souvent de la cueillette, mais il leur arrive de chasser aussi. Il faut aussi construire son matelas pour la nuit. Et puis, bien sûr, chaque maman doit éduquer son petit, lui apprendre à se servir d’une pierre pour casser des noix, à dénuder une branche pour en faire une sucette à fourmis, à chercher des poux chez son voisin (ce qui est très apprécié chez les chimpanzés). Quand, il n’y a plus rien à manger, il faut se risquer à aller chaparder chez les voisins. Ceux-ci n’entendent pas se laisser faire, mais s’ils sont à leur tour dans le besoin, ils ne manqueront pas d’en faire autant.

Alastair Fothergill est une prestigieuse signature dans le documentaire animalier. On lui doit "Un jour sur terre" avec son collègue Mark Linfield ou "La planète bleue", cette exploration inouïe des grands fonds marins dont il a ramené des images de poissons improbables. Comme ce terrifiant cérate aux mâchoires hallucinantes qui attire sa proie avec sa loupiote piège. Cette fois, il a plongé dans la forêt tropicale, non pas pour en ramener du jamais vu mais plutôt une comédie dramatique et néanmoins naturelle avec des chimpanzés.

Est-ce l’effet de son commanditaire, Disneynature - comme au bon temps des beaux documentaires de l’oncle Walt tournés par James Algar ("Le désert vivant") ? Plutôt que de réaliser une nouvelle prouesse technologique ou d’offrir un regard poétique, Fothergill et Linfield proposent une histoire à partir des rushes, un documentaire de fiction, en quelque sorte. Ils prêtent des sentiments aux animaux et racontent le destin du petit Oscar, de sa relation fusionnelle avec sa maman, laquelle va connaître le sort de celle de Bambi. On ne verra pas la scène et on ne s’éternisera pas sur cet événement traumatisant car le film s’adresse aux enfants. Rassurons leurs parents, tout cela finit plutôt bien.

Avant de connaître cette fin, on est émerveillé par les images arrachées à la jungle, par la variété des regards tellement humains de ces grands singes, par cette plongée dans leur intimité quotidienne. Simultanément, on est amusé par le ton marrant du comédien-animateur Ary Abittan qui commente l’action dans l’esprit de Patrick Bouchitey et de sa "Vie privée des animaux". On frôle plus d’une fois le fou rire quand le petit Oscar est confronté aux noix.

Cet équilibre entre aventure, rire et tension font de "Chimpanzés" un divertissement un peu académique qui abuse de plans aériens léchés mais plaisant, spectaculaire et instructif.

Un documentaire de Mark Linfieldet Alastair Fothergill 1h17