Serial killers du dimanche

La bonne trentaine, Chris et Tina sont amoureux, naïfs et heureux. Contre l’avis de la mère de la jeune femme, Chris décide d’emmener sa dulcinée en week-end dans sa caravane, à la découverte des beautés cachées du Lake District, dans le nord de l’Angleterre, dont les paysages sauvages font déjà penser à l’Ecosse. Comme tout le monde, ils croisent sur leur route des touristes grossiers, vulgaires, jetant leurs papiers gras par terre ou exhibant leur savoir. Une marche arrière bien ajustée, et voilà que le fantasme se transforme en réalité : Chris écrase un premier importun. Seule réaction quand il s’agit de nettoyer le sang sur la caravane : "Il nous l’a bien amochée " Le week-end se poursuit tranquillement, entre visite du musée du tram ou du musée du crayon et coups de sang

H.H.

La bonne trentaine, Chris et Tina sont amoureux, naïfs et heureux. Contre l’avis de la mère de la jeune femme, Chris décide d’emmener sa dulcinée en week-end dans sa caravane, à la découverte des beautés cachées du Lake District, dans le nord de l’Angleterre, dont les paysages sauvages font déjà penser à l’Ecosse. Comme tout le monde, ils croisent sur leur route des touristes grossiers, vulgaires, jetant leurs papiers gras par terre ou exhibant leur savoir. Une marche arrière bien ajustée, et voilà que le fantasme se transforme en réalité : Chris écrase un premier importun. Seule réaction quand il s’agit de nettoyer le sang sur la caravane : "Il nous l’a bien amochée " Le week-end se poursuit tranquillement, entre visite du musée du tram ou du musée du crayon et coups de sang

Après "Down Terrace" (resté inédit chez nous) et "Kill List" (petit polar parano sorti le 9 janvier dernier), le nouveau chouchou du cinéma indépendant britannique, Ben Wheatley, revient avec une comédie touristique décalée, emmenée par Alice Lowe et Steve Oram, deux comédiens géniaux qui avaient créé ces personnages de beauf’s anglais sur scène, dans leurs spectacles de stand-up. C’est la vérité de leur interprétation qui emporte l’adhésion et permet à "Touristes" de conserver juste ce qu’il faut de crédibilité pour ne pas verser dans la farce grossière tournant à vide.

Au-delà de la comédie, noire et cynique, "Touristes" nous parle, sans avoir l’air d’y toucher, de la société actuelle. Ses deux antihéros ont beau prétendre : "Etre comme les autres, plutôt crever", ils partagent les mêmes petits rêves étriqués et caricaturaux avec ceux qu’ils éliminent. Tina et Chris sont, en effet, de parfaits représentants de la société qui les engendre. Ils sont l’aboutissement ultime de l’individualisme dans lequel on vit. Ils n’ont même plus conscience de leur égoïsme : ils sont simplement à la recherche de leur plaisir, sans aucune barrière morale, sans aucune considération pour autrui. En disant : "Nous ne cherchons pas à être justes mais à être heureux", ils ne font que légèrement accentuer l’obligation du bonheur factice imposé par la société marchande qui cherche à réduire l’être humain au niveau d’individu consommateur.

Jusque dans l’ultime séquence, clin d’œil savoureux à l’individualisme forcené, Tina et Chris poussent la logique à son terme, jusqu’à une forme d’anarchie. Quand ils ont envie de quelque chose, ils le prennent. Si quelqu’un les agace, ils le suppriment. Et après que son homme eut fracassé la tête d’un touriste sur un beau rocher de la campagne anglaise, la jeune femme peut demander, le plus naturellement du monde : "Regarde s’il avait des sandwiches "

Réalisation : Ben Wheatley. Scénario : Steve Oram, Alice Lowe et Amy Jump. Avec Alice Lowe, Steve Oram, Richard Glover 1 h 28.