Pretty businessman

Robert Miller est tout ému devant son gâteau. D’autant plus qu’il avait oublié que c’était son anniversaire. Tellement ému, qu’il y va d’un speech. Il lui a fallu 60 ans pour comprendre que sa femme, sa fille, son beau-fils, ses petits-enfants étaient ce qu’il avait de plus précieux. A peine a-t-il soufflé les bougies, qu’il se rend fissa chez sa maîtresse. Quel beau parleur, quel merveilleux hypocrite, quel acteur (ce Richard Gere)!

F.Ds

Robert Miller est tout ému devant son gâteau. D’autant plus qu’il avait oublié que c’était son anniversaire. Tellement ému, qu’il y va d’un speech. Il lui a fallu 60 ans pour comprendre que sa femme, sa fille, son beau-fils, ses petits-enfants étaient ce qu’il avait de plus précieux. A peine a-t-il soufflé les bougies, qu’il se rend fissa chez sa maîtresse. Quel beau parleur, quel merveilleux hypocrite, quel acteur (ce Richard Gere)!

Il a l’air tout cool, et pourtant, il est aux abois. Ses comptes sont plus maquillés qu’un travelo du bois de Boulogne. Tout comme il joue la comédie du père aimant, il veut se faire passer pour le patron d’une banque d’affaires saine. Mais l’acheteur hésite. A-t-il vu le rimmel commencer à lâcher de tous les côtés ?

Car il est dans de sales draps. Et sa belle maîtresse (Laetitia Casta) en rajoute, en mettant de la pression pour qu’il divorce. Alors, pour la calmer, il l’emmène la nuit dans sa maison de campagne.

Le fait d’être surpayé n’en fait un surhomme pour autant. Il tombe de sommeil, et c’est l’embardée. La belle a la gorge tranchée, mais lui s’en sort avec des égratignures, un méchant hématome et l’esprit suffisamment clair pour effacer ses traces et disparaître en douce. Ni vu ni connu. Mais un inspecteur a ferré le gros poisson. Il en a vu tellement de banquiers passer à travers les mailles du filet qu’il est fermement décidé à le harponner.

C’est à un double suspense que convie Nicholas Jarecki, lequel signe le scénario et la mise en scène. D’une part, un suspense économique dans l’esprit de "Margin Call" qui voit un CEO aux abois, rattrapé par ses magouilles, et se débattre pour se tirer d’affaire en refilant, au prix fort, sa patate chaude à un autre. Au passage, il n’a pas hésité à mouiller sa propre fille, une façon sans doute de la former au business, de l’endurcir comme le père des "Bêtes du sud sauvage" façonnait sa petite Hushpuppy à la survie.

D’autre part, un suspense policier conduit un inspecteur au taquet, qui pousse son suspect au carrefour de son existence, là où il devra devoir arbitrer entre son portefeuille et sa conscience.

Nicholas Jarecki signe un premier long métrage palpitant. Question de scénario habile qui voit les deux suspenses se renforcer mutuellement en prenant l’homme d’affaires en étau. Question aussi de direction d’acteurs. Susan Sarandon joue le non-dit avec classe, Tim Roth est un cauchemar de policier teigneux. Et puis, il y a surtout un Richard Gere sensationnel. Avec cette interprétation magistrale, il efface des années de comédies romantiques neuneu. On le voit ici exploiter son charme comme une arme de séduction massive destinée à tromper sa famille, ses partenaires, ses associés, tous quelque peu anesthésiés par son glamour.

Une belle ordure !

Réalisation, scénario : Nicholas Jarecki. Avec Richard Gere, Susan Sarandon, Tim Roth, Laetitia Casta 1 h 47.