Le handicap est-il cap ?

La polio a collé Mark O’Brien sur un lit pour toujours. Ce lit, il l’a fait rouler jusqu’à l’université d’où il est sorti diplômé. Quinze ans plus tard, les lits ne sont plus autorisés à circuler sur la voie publique, il vit isolé dans son poumon d’acier dont une aide soignante le sort quelques heures par jour. Pas forcément les meilleures, il est juste un job pour elle. Peut-il la virer pour autant ? Le prêtre auquel il se confie lui donne sa bénédiction.

F.Ds

La polio a collé Mark O’Brien sur un lit pour toujours. Ce lit, il l’a fait rouler jusqu’à l’université d’où il est sorti diplômé. Quinze ans plus tard, les lits ne sont plus autorisés à circuler sur la voie publique, il vit isolé dans son poumon d’acier dont une aide soignante le sort quelques heures par jour. Pas forcément les meilleures, il est juste un job pour elle. Peut-il la virer pour autant ? Le prêtre auquel il se confie lui donne sa bénédiction.

Amanda entre alors dans sa vie, ouvrant la porte aux sentiments. Mark s’emballe très vite au point de faire fuir la jeune femme. A 38 ans, il voudrait se servir du seul membre qui fonctionne - intempestivement - et se débarrasser de son étiquette de puceau avant qu’il ne soit trop tard. Il est si persuasif que son confesseur accepte de fermer les yeux sur cette expérience sexuelle hors mariage (à condition qu’il lui raconte tout, bien entendu). Pour ce fervent catholique, c’est une étape franchie, pas la plus difficile. La suivante le conduit chez une sexologue spécialisée dans le domaine des handicapés. Elle lui prescrit une assistante sexuelle.

Alors que le premier rendez-vous approche, Mark panique. Le film raconte les six sessions de leur contrat. En effet, le premier point qui distingue une assistance sexuelle d’une prostituée, c’est qu’elle ne fidélise pas le client; il y aura six rencontres, pas une de plus. Le second, c’est qu’on procède par phases comme pour un traitement. On ne parle pas ici de préliminaires, mais d’exercices de conscientisation corporelle. C’est un peu comme pour apprendre à nager, sauf qu’il s’agit pour Mark d’apprendre à aimer à la fois le corps d’un autre et aussi le sien contre lequel il éprouve du ressentiment. L’approche est plutôt technique mais amicale et rassurante. Toutefois, les clauses du contrat ont beau être précises, cette relation clinique n’en reste pas moins très intime entre la thérapeute et son patient. Elle produit des sensations fortes, génère des sentiments qui ne le sont pas moins entre cet homme sensible et cette femme attentionnée.

Parlons-en de cette femme ! Si le film épouse le point de vue du tétraplégique, il s’autorise des incursions dans l’existence de cette mère de famille. Ainsi, son mari la considère comme une sainte, tant que les cloisons restent étanches entre activité professionnelle et vie privée. Avec une étrange autorité mêlée de douceur, Helen Hunt aborde ce rôle sans faux-fuyant. A l’opposé de la traditionnelle hypocrisie hollywoodienne, elle affiche une nudité professionnelle tout en s’attachant à analyser la dimension psychologique de l’expérience.

Son interprétation d’une grande honnêteté, frontale mais jamais racoleuse, évite au spectateur de se trouver en position de voyeur. Elle s’inscrit idéalement dans le ton adopté par Ben Lewin. Le metteur en scène n’entend pas livrer un mélodrame larmoyant ou scabreux (il dispose pourtant des ingrédients), mais un portrait très retenu, dédramatisé, tant par la sobriété de l’interprétation de James Hawke que la présence du formidable William H. Macy en curé qui vit avec son temps. "The Sessions" est un film volontairement modeste qui pulvérise, avec un humour et une émotion digne, son sujet tabou "Sexe et handicap", tout en esquissant les voies mystérieuses de l’amour.

Réalisation, scénario : Ben Lewin. Avec John Hawkes, Helen Hunt, William H. Macy, Moon Bloodgood 1h35.