Life of Pip

Les Grandes Espérances" est l’un des plus beaux romans de Dickens, l’un des plus subtils, car ses personnages sont moins manichéens que d’ordinaire, plus complexes que dans ses ouvrages de jeunesse. Depuis un siècle, cinéma et puis télévision se relaient pour offrir à chaque génération de nouveaux visages, voire un nouvel éclairage à ce classique.

F.Ds

Les Grandes Espérances" est l’un des plus beaux romans de Dickens, l’un des plus subtils, car ses personnages sont moins manichéens que d’ordinaire, plus complexes que dans ses ouvrages de jeunesse. Depuis un siècle, cinéma et puis télévision se relaient pour offrir à chaque génération de nouveaux visages, voire un nouvel éclairage à ce classique.

Mike Newell s’est chargé de la dernière adaptation en date qu’on qualifiera d’académique - old fashioned british style -, rehaussée de stars nationales du calibre de Helena Bonham Carter et Raph Fiennes. On n’est pas toujours forcé d’actualiser un classique comme l’avait fait Alfonso Cuarón avec Robert DeNiro et Gwyneth Paltrow, mais de là à s’en tenir à une version muséale, il y a un pas que l’auteur, autrefois formellement inspiré de "Dance with a stranger", aurait pu se retenir de franchir.

Ce qu’il y a de déconcertant, c’est de voir ce conteur, notamment de "La Coupe de feu" de Harry Potter, courir derrière le roman sans jamais le rattraper, faire ressentir les coupes auxquelles il a dû se résoudre plutôt que de tendre le fil qui parcourt le livre. C’est que l’auteur de "Quatre mariages et un enterrement" ne semble vouloir affirmer aucun point, comme s’il s’agissait d’exposer le caractère obsolète de l’œuvre de Dickens, comme si les sentiments, mis en scène par le romancier, n’avaient plus cours aujourd’hui.

Clairement, Dickens ne l’inspire pas. On en voudra pour preuve le choix de ses "Estella". Les "great expectations" sont celles qui sont placées sur la tête du jeune Pip, le fils adoptif du forgeron. Celui-ci est forcé de se rendre au domaine de miss Havisham, une riche excentrique, qui a, un jour, la lubie de voir un enfant jouer chez elle. Pip fait ainsi la connaissance de la jeune Estella, fille adoptive de la maîtresse de maison, dont il tombe éperdument amoureux au premier regard. Celui-ci n’a pas échappé à miss Havisham qui a vu l’occasion de se venger des hommes en chargeant son Estella de briser le cœur du petit garçon. Il faut pour l’Estella enfant, comme pour l’Estella adulte, des personnalités qui crèvent l’écran, d’une irrésistible séduction. Et on est loin du compte. C’est que Mike Newell s’attache plutôt au rôle de l’avocat, le personnage précisément le plus daté de l’œuvre avec sa collection de secrets qui s’emboîtent comme des poupées russes.

Dickens n’est pas gâté pour son bicentenaire.

Réalisation : Mike Newell. Scénario : David Nicholls, d’après le roman de Dickens. Avec Jeremy Irvine, Ralph Fiennes, Helena Bonham Carter, Robbie Coltrane, Holliday Grainger 2h08.