Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri s’égarent dans la forêt du conte

D’abord comme simples scénaristes ("Cuisine et dépendances", de Philippe Muyl, "Un air de famille", de Cédric Klapisch), puis dans leurs propres films ("Le goût des autres", "Comme une image", "Parlez-moi de la pluie"), le tandem Jaoui-Bacri traque depuis des années avec bonheur les petits travers de la société contemporaine et nos petites faiblesses trop humaines. C’est donc avec impatience que l’on attend à chaque fois leur nouvelle livraison, ravis de replonger dans leur univers

H. H.

D’abord comme simples scénaristes ("Cuisine et dépendances", de Philippe Muyl, "Un air de famille", de Cédric Klapisch), puis dans leurs propres films ("Le goût des autres", "Comme une image", "Parlez-moi de la pluie"), le tandem Jaoui-Bacri traque depuis des années avec bonheur les petits travers de la société contemporaine et nos petites faiblesses trop humaines. C’est donc avec impatience que l’on attend à chaque fois leur nouvelle livraison, ravis de replonger dans leur univers

En cela, "Au bout du conte" ne déroge pas à la règle, explorant un œil acéré la bonne société française (musiciens du Conservatoire de Paris, capitaine d’entreprise, comédienne sur le retour, jeune fille intello romantique ). La nouveauté, c’est l’arrivée d’une fantaisie absente depuis leur scénario de "Smoking/No Smoking" pour Alain Resnais. Comme son titre l’indique, le quatrième film d’Agnès Jaoui est, en effet, une relecture contemporaine de l’univers des contes. On retrouve donc ici un joli petit chaperon roux (très convaincante Agathe Bonitzer) prête à se laisser dévorer par un Grand méchant Wolf (Benjamin Biolay), mais aussi une méchante sorcière incarnant la tyrannie de l’éternelle jeunesse (Beatrice Rosen), un bon roi dont le trône vacille (Didier Sandre), une bonne marraine Marianne (Agnès Jaoui), un prince charmant compositeur sans-le-sou (Arthur Dupont). Et, au milieu, Jean-Pierre Bacri. Dans son propre rôle ou presque, plus bougon que jamais, et finalement seul personnage vivant, car conscient de sa mortalité (un 14 mars ), de cette démonstration un peu trop appuyée.

Jaoui et Bacri multiplient, en effet, les références transparentes : figures et topos des contes populaires, noms des personnages Du "Petit Chaperon rouge" à "Blanche Neige", en passant par "Cendrillon", c’est ici tout Perrault qui y passe. Tandis que, dans sa mise en scène, la cinéaste appuie encore un peu plus le propos, avec ces petits tableaux fonctionnant comme les lettrines d’un livre pour enfants, ces petites touches de merveilleux, ces décors de fable (le château, la chaumière dans la forêt ). A force de creuser leur thématique, le tandem finit malheureusement par s’y enfermer, accouchant d’un film étouffé par son sujet Et qui, "Au bout du conte", n’a pas grand-chose à nous dire sur le monde réel. Dommage, car la métaphore du conte avait beaucoup plus de potentiel pour nous parler d’aujourd’hui.

Réalisation : Agnès Jaoui. Scénario : Agnès Jaoui & Jean-Pierre Bacri. Photographie : Lubomir Bakchev. Avec A. Jaoui, J.-P. Bacri, Agathe Bonitzer, Arthur Dupont, Benjamin Biolay 1 h 33.

On lira un entretien avec Agnès Jaoui en pages Culture de "La Libre" du jour.