L’amour fou de Dieu

Après "Paradis : Amour", où il traitait, de façon radicale, de ces "sugar mamas" européennes qui s’en vont chercher l’amour sur les plages d’Afrique, Ulrich Seidl s’intéresse dans "Paradis : Foi" à la sœur de son héroïne précédente (*). La petite cinquantaine, Anna Maria (incroyable Maria Hofstätter !) vit seule dans une banlieue résidentielle de Vienne. Comme sa sœur, elle est seule et à la recherche de l’amour. Qu’elle a fini par trouver dans une relation inattendue Infirmière, Anna Maria vit, en effet, une passion secrète pour Jésus, se flagellant méticuleusement, effectuant le tour de son appartement à genoux, s’invitant chez les gens pour prêcher la bonne parole ou priant en groupe pour que l’Autriche redevienne catholique. Sa petite vie bien réglée va néanmoins basculer radicalement avec le retour à la maison de son mari Nabil, paraplégique et musulman (Nabil Saleh)

H. H.

Après "Paradis : Amour", où il traitait, de façon radicale, de ces "sugar mamas" européennes qui s’en vont chercher l’amour sur les plages d’Afrique, Ulrich Seidl s’intéresse dans "Paradis : Foi" à la sœur de son héroïne précédente (*). La petite cinquantaine, Anna Maria (incroyable Maria Hofstätter !) vit seule dans une banlieue résidentielle de Vienne. Comme sa sœur, elle est seule et à la recherche de l’amour. Qu’elle a fini par trouver dans une relation inattendue Infirmière, Anna Maria vit, en effet, une passion secrète pour Jésus, se flagellant méticuleusement, effectuant le tour de son appartement à genoux, s’invitant chez les gens pour prêcher la bonne parole ou priant en groupe pour que l’Autriche redevienne catholique. Sa petite vie bien réglée va néanmoins basculer radicalement avec le retour à la maison de son mari Nabil, paraplégique et musulman (Nabil Saleh)

Seidl livre un nouveau portrait sans concession, violent, cru, cruel, d’une femme en manque affectif, qui comble ce vide en se dévouant à sa foi de façon maladive, pathologique même. A son habitude, le cinéaste autrichien expose sans fard la misère humaine dans ce qu’elle a de plus fragile : les corps sont lourds, malades (à l’hôpital), dysfonctionnels (paraplégie). La vision de l’humanité n’est pas noire ou complaisante, elle est d’une effarante objectivité. Devant la caméra, défilent des hommes et des femmes dans leur plus stricte intimité. Quand Seidl filme Anna Maria déclarer sa flamme à Jésus ou se masturber avec un crucifix, on est au cœur d’une vie intime qu’on ne devrait pas voir, faite de solitude, de fantasmes, de détresse profonde.

En pointant son attention là-dessus, comme dans tous ces films ("Dog Days", "Import-Export"), Seidl provoque le malaise du spectateur, le force à regarder en face la nature humaine. Si provocation il y a, c’est là qu’elle se trouve, dans ce miroir qu’il nous tend, dans sa façon de provoquer chez nous un questionnement sur qui nous sommes. Car si ses personnages sont extrêmes, jusqu’au grotesque souvent, ils n’en restent pas moins toujours profondément, désespérément hommes. Des hommes face à des dieux (Jésus ou Allah) auprès desquels ils recherchent un impossible réconfort. Car, malgré sa foi, malgré son espérance, l’homme est seul chez Seidl.

Lequel se montre tout aussi implacable avec la religion, les religions, toutes plus hypocrites les unes que les autres. L’une prie devant un crucifix, l’autre tourné vers La Mecque pour la miséricorde, qu’ils sont incapables de s’offrir l’un l’autre. Où la générosité, le don de soi apparaissent même comme le comble de l’égoïsme. Anna Maria force ainsi la porte des gens, cherchant leur bien contre leur gré Dans une série de scènes toutes plus hallucinantes les unes que les autres ! Où il ne nous reste guère que le rire comme soupape de sécurité

Réalisation : Ulrich Seidl. Scénario : Ulrich Seidl&Veronika Franz. Avec Maria Hofstätter, Nabil Saleh 1 h 53.

(*) Le 3e volet de la trilogie, "Paradis : Espoir" (en salles le 1/5) évoque l’ouverture la sexualité de sa fille obèse de 13 ans.