Retour de flamme

Dans une chambre, quatre filles, au milieu des bougies, se tatouent une petite flamme sur l’omoplate. C’est la trace indélébile du serment - à la vie, à la mort - échangé entre les membres de ce groupe soudé par les humiliations, les intimidations, les agressions. Ensemble, elles sauront se défendre et même riposter, passer à l’action. Première cible, ce prof de maths qui jouit en humiliant les filles qui n’ont pas la bosse. Et de le faire passer pour un obsédé. Un commerçant exige de l’une d’elles une gâterie pour une machine à écrire déposée aux encombrants. Elles vont lui faire passer le goût de la perversité. Pour les membres de "Foxfire", la vie prend tout de suite d’autres couleurs, un autre sel, la solidarité donne des ailes. Icare en avait, on sait ce qui lui est arrivé. Legs, la leader, se retrouve en maison de correction, alors que les autres sont exclues de l’école et précipitées avant l’heure sur le marché du travail, blanchisseuse ou femme de chambre à 15 ans.

Fernand Denis

Dans une chambre, quatre filles, au milieu des bougies, se tatouent une petite flamme sur l’omoplate. C’est la trace indélébile du serment - à la vie, à la mort - échangé entre les membres de ce groupe soudé par les humiliations, les intimidations, les agressions. Ensemble, elles sauront se défendre et même riposter, passer à l’action. Première cible, ce prof de maths qui jouit en humiliant les filles qui n’ont pas la bosse. Et de le faire passer pour un obsédé. Un commerçant exige de l’une d’elles une gâterie pour une machine à écrire déposée aux encombrants. Elles vont lui faire passer le goût de la perversité. Pour les membres de "Foxfire", la vie prend tout de suite d’autres couleurs, un autre sel, la solidarité donne des ailes. Icare en avait, on sait ce qui lui est arrivé. Legs, la leader, se retrouve en maison de correction, alors que les autres sont exclues de l’école et précipitées avant l’heure sur le marché du travail, blanchisseuse ou femme de chambre à 15 ans.

A peine Legs est-elle sortie du bagne pour adolescentes que la flamme de "Foxfire" reprend de plus belle. Dans une grande bicoque pourrie à l’écart de la ville, les voilà désormais toutes ensemble, bientôt rejointes par de nouvelles sympathisantes. Et comme il faut de l’argent pour faire tourner la communauté, elles imaginent de rendre aux hommes la monnaie de leur pièce, en allant chercher les billets dans la poche de tous ces dégueulasses après les avoir piégés. C’est pas bien compliqué !

Une Palme d’or était sans doute nécessaire pour permettre à Laurent Cantet de monter ce projet improbable : tourner en Amérique un film d’époque racontant l’histoire d’un gang féminin. Le mot de gang ne correspond d’ailleurs pas vraiment à la réalité vécue par ses membres. Pour elles, il s’agit d’une sorte de gynécée contemporain, bâti autour d’une utopie. Elle n’est pas sans rappeler celle de "17 filles", une sorte d’expérience féministe, intuitive et radicale. Sa dimension criminelle est la conséquence d’une double dérive causée par l’irruption du réel dans leur rêve de vie communautaire. D’une part, il y a la réalité des factures - loyer,nourriture, voiture -, et, d’autre part, l’arrivée de nouvelles qui entendent prouver leur sincérité en se montrant plus sectaires, plus intolérantes. Ces deux courants forcent Legs, la leader, à une fuite en avant.

Des adolescentes, en groupe, refusant d’intégrer la société existante; les points communs ne manquent pas entre "Foxfire" et "Entre les murs". Laurent Cantet s’est trouvé une méthode pour travailler avec des jeunes non professionnels, afin d’imprimer un réalisme quasi documentaire à l’écran. Il poursuit, de la sorte, son étude des caractères et son analyse du groupe : comment il fonctionne, quel est son moteur, comment apparaît le leader ? Et tout au long de ce récit passionnant, il plonge au cœur de l’adolescence, en montre son potentiel d’imagination, sa force d’idéal, sa recherche de solidarité, sa capacité d’inventer de nouveaux modèles.

Toutefois, il garde ses distances, la distance Underwood, pourrait-on dire, épousant le point de vue de la scribe, celle qui tape à la machine le journal du groupe et observe ainsi la force implacable du réel et la fragilité d’un système dépourvu de fondations théoriques.

Réalisation : Laurent Cantet. Scénario : Laurent Cantet et Robin Campillo, d’après le roman de Joyce Carol Oates. Avec Raven Adamson, Katie Coseni 2h23.