Spring Breakers: quand l’excès comble le vide

Buzz garanti, en août dernier, sur le tapis rouge de la Mostra de Venise. Idem dans le métro parisien, il y a quelques semaines, avec des affiches particulièrement aguicheuses!

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© Belga
H. H.

Buzz garanti, en août dernier, sur le tapis rouge de la Mostra de Venise. Idem dans le métro parisien, il y a quelques semaines, avec des affiches particulièrement aguicheuses ! "Spring Breakers" réunit en effet à l’écran deux icônes teenagers, devenues stars mondiales grâce au succès du très sage "High School Musical" de Disney : Selena Gomez (la copine de Justiiiiiiiin ! Bieber) et Vanessa Hudgens. Une façon pour les deux gamines de casser leur image et de franchir le cap de l’adolescence. Car on ne tourne pas avec Harmony Korine, scénariste de "Kids" et "Ken Park" pour Larry Clark, en toute impunité ...

Pour son 5e long métrage, le cinéaste revient à son thème fétiche : la jeunesse américaine, dont il met en scène une institution : le "spring break", qui bat son plein en ce moment. Soit deux semaines où les étudiants se lâchent, faisant tout ce qu’ils n’ont pas le droit de faire durant l’année. Sauf qu’ici, la fête non-stop ne va pas se passer exactement comme prévu pour quatre jeunes filles, suite à leur rencontre avec Alien, parfaite caricature du gangsta-rappeur interprétée par un James Franco à nouveau génial. Ce dernier paye la caution des quatre donzelles, bouclées pour le braquage d’un fast-food, bien décidé à les prendre sous son aile et, si possible, à les mettre dans son lit. C’est parti pour une heure et demie de délire en bikini (ou sans) !

Korine signe avec "Spring Breakers" une charge féroce contre la jeunesse américaine. Celle qui croit, le temps de ce "break de printemps", se rebeller contre ses parents et leur petite vie rangée en investissant les plages de Floride ou de Cancun au Mexique, pour boire, fumer, se droguer, baiser... Alors que ces gamins ne font que pousser à son terme le plus mortifère la logique de surconsommation dans laquelle ils évoluent au quotidien.

Outrancier, kitch (avec ses néons, ses décors clichés... ), "Spring Breakers" n’est heureusement pas que la comédie sexy que nous vend sa campagne marketing. De façon très intelligente, Harmony Korine emprunte, en effet, le langage et les références des jeunes dont il parle et auxquels il s’adresse (mise en scène clippée MTV, hip hop, Selena Gomez, Vanessa Hudgens... ) pour livrer une caricature effrayante, car criante de vérité, du vide existentiel d’une partie de l’Amérique de demain. Bref, un film défouloir - la scène de braquage au ralenti sur "Everytime", balade sirupeuse de Britney Spears, est un moment d’anthologie ! - qui s’amuse à pervertir joyeusement la génération Disney. Saisiront-ils la portée du portrait que le film fait d'eux ? Pas sûr, mais les ados risquent en tout cas d’en redemander !

Scénario&réalisation : Harmony Korine. Avec James Franco, Selena Gomez, Ashley Benson, Vanessa Hudgens, Rachel Korine 1 h 32.


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