Pedro en classe éco

Après une kyrielle d’œuvres dramatiques, voire carrément noires, conclue par "La piel que habito", Pedro Almodóvar a manifestement ressenti le besoin d’un peu de légèreté. Direction la comédie pure et le septième ciel avec "Les Amants passagers" qui, comme son titre le laisse clairement supposer, est un vaudeville en transit. A l’heure des smartphones, des tablettes numériques et de l’hyperconnectivité, Almodóvar décide d’isoler une poignée de personnages hauts en couleur dans un avion en route pour le Mexique. Sauf que, comme on l’apprend très vite, un problème technique oblige les pilotes à tourner en rond, alors qu’il leur est impossible d’atterrir. Comme dans les bons vieux films catastrophes, les langues se délient et les barrières sociales sautent.

A.Lo.

Après une kyrielle d’œuvres dramatiques, voire carrément noires, conclue par "La piel que habito", Pedro Almodóvar a manifestement ressenti le besoin d’un peu de légèreté. Direction la comédie pure et le septième ciel avec "Les Amants passagers" qui, comme son titre le laisse clairement supposer, est un vaudeville en transit. A l’heure des smartphones, des tablettes numériques et de l’hyperconnectivité, Almodóvar décide d’isoler une poignée de personnages hauts en couleur dans un avion en route pour le Mexique. Sauf que, comme on l’apprend très vite, un problème technique oblige les pilotes à tourner en rond, alors qu’il leur est impossible d’atterrir. Comme dans les bons vieux films catastrophes, les langues se délient et les barrières sociales sautent.

Mais, malgré une musique ironiquement dramatique, le ton est du pur Almodóvar première époque : tout l’équipage masculin (Carlos Areces, Raúl Arévalo, Javier Cámara) est gay, les pilotes (Antonio de la Torre et Hugo Silva) sont bi (ou presque), la prima donna de la classe affaires (Cecilia Roth) est une queen SM qui tient les puissants d’Espagne par les cojones, son voisin de travée (José Luis Torrijo), un homme d’affaires véreux en fuite, le type derrière (José María Yaspik) semble sorti d’un film de Tarantino, et il y a Bruna (Lola Dueñas) qui, en bonne vierge quadragénaire, a des visions de mort et des pulsions de vie. Quant au jeune marié de la noce (Miguel Ángel Silvestre), il apportera à ce petit monde de quoi définitivement s’envoyer en l’air.

"Les amants passagers" n’est pas un grand Almodóvar. Celui-ci succombe même à des caprices éculés (la chorégraphie des stewards sur "I’m So Excited" des Pointer Sisters), et s’offre trois caméos amicaux (Antonio Banderas, Penelope Cruz et Paz Vega) en guise d’œillade au public. Mais peut-on tenir rigueur au réalisateur sexagénaire de s’offrir, pour son 19e film, une petite amusette, volontairement théâtrale sur le fond comme sur la forme ? Il ne rit aux dépens de personne : contrairement à bien des comédies dites "populaires", Almodóvar a un amour sincère pour chacun de ses personnages. Et il nous invite à un peu de légèreté avec un film sans enjeu dramatique ni thèse profonde - dont les hispanophones apprécieront sans doute mieux la volubilité des réparties et des saillies.

Réalisation et scénario : Pedro Almodóvar. Avec Carlos Areces, Raúl Arévalo, Javier Cámara, Cecilia Roth, Lola Dueñas, 1h30.