Prisonnierde soi-même

Le week-end commence bien. Le soleil brille et les Alpes autrichiennes semblent plus belles que jamais. Une jeune femme vient passer quelques jours chez un couple d’amis. Ceux-ci descendent faire une course; ils ne reviennent pas. Le lendemain, elle se réveille seule. Inquiète, elle se dirige vers le village pour aller à leur rencontre. Quand, soudain, elle bute contre un mur invisible. Dans la bulle dont elle se retrouve prisonnière, tout semble normal, mais derrière, la vie s’est figée

H. H.

Le week-end commence bien. Le soleil brille et les Alpes autrichiennes semblent plus belles que jamais. Une jeune femme vient passer quelques jours chez un couple d’amis. Ceux-ci descendent faire une course; ils ne reviennent pas. Le lendemain, elle se réveille seule. Inquiète, elle se dirige vers le village pour aller à leur rencontre. Quand, soudain, elle bute contre un mur invisible. Dans la bulle dont elle se retrouve prisonnière, tout semble normal, mais derrière, la vie s’est figée

Difficile d’imaginer dispositif plus simple. Car aucun effet spécial n’est ici nécessaire pour créer d’emblée un climat angoissant. A la beauté somptueuse et apaisante des paysages alpins, répond une situation inexplicable De cette confrontation géniale, naît le climat de bizarrerie dans lequel baigne le film.

Premier film de Julian Roman Pölser, un vétéran de la télévision autrichienne, "Le mur invisible" est une œuvre étonnante. Car, malgré ses prémices, il ne s’agit pas d’un film fantastique. Au contraire, le cinéaste use du plus grand réalisme pour filmer son héroïne isolée, entre son chalet et l’alpage où elle va faire paître sa vache en été. Pour filmer les moissons sauvages, les longues balades dans la neige. Pour filmer le chien, les chats, seuls compagnons d’infortune. Jamais il n’est question ici d’installer une tension, un suspense. Pölsner ne cherche pas à savoir comment sa Robinson moderne va survivre, mais plutôt comment elle va rester humaine (ou non), sombrer dans la folie (ou non).

Adapté du roman de Marlen Haushofer, "Le mur invisible" est une réflexion poétique passionnante, qui fait beaucoup appel à une voix off très littéraire. Un questionnement intérieur apaisé qui habite, comme un fantôme, une photographie magnifique que le réalisateur, né dans les Alpes, a confiée à six chefs opérateurs différents. Lesquels parviennent à capter la splendeur inquiétante d’une nature intacte.

Un peu comme Sean Penn dans "Into the Wild", Pölsner propose, en effet, une réflexion sur la place de l’homme dans la nature, au-delà du fantasme du retour à la terre. Pour cette jeune femme forcée de vivre au rythme des saisons, sans aucun apport technologique moderne, la barrière entre humanité et animalité, entre nature et culture, tend à disparaître. Et se pose dès lors la question de ce qui fait de nous des hommes : la relation à l’autre, la capacité d’aimer Mais le véritable tour de force de ce "Mur invisible" est de ne jamais assommer le spectateur par cette réflexion philosophique, mais, au contraire, par l’intelligence de sa mise en scène, la laisser infuser en lui.

Scénario&réalisation : Julian Roman Pölsler (d’après le roman de Marlen Haushofer). Musique : Jean-Sébastien Bach. Avec Martina Gedeck 1 h 48.