François Cluzet dans "11.6", thriller palpitant

Ce n’est pas la tension artérielle ou le cours d’une action, c’est le montant : 11,6 millions d’euros emportés par un convoyeur de fonds : Toni Musulin. Le film commence lorsque celui-ci vient se livrer à police de Monaco.

François Cluzet dans "11.6", thriller palpitant
©obrother
Fernand Denis

Ce n’est pas la tension artérielle ou le cours d’une action, c’est le montant : 11,6 millions d’euros emportés par un convoyeur de fonds : Toni Musulin. Le film commence lorsque celui-ci vient se livrer à police de Monaco. Le commissaire refuse d’ailleurs de l’arrêter - on le comprend, si la police monégasque devait arrêter tous les escrocs, les voleurs, les fraudeurs, le Rocher sera vite désert - et le confie à la police française.

Comment un employé modèle et sans histoire a-t-il pu commettre un casse pareil ? Pourquoi n’a-t-il pas caché le magot dans la cachette sophistiquée qu’il avait construite ? Où sont passés les 2,5 millions manquants ? Pourquoi s’est-il livré à la police ?

A chacune de ces questions, Philippe Godeau se garde bien de fournir des réponses définitives mais avance des hypothèses surprenantes qui éclairent d’étranges faits de société. Plus que son casse parfait, c’est ce qui se passe dans la tête de cet homme qui intrigue le cinéaste. Un individu secret, très secret. Plutôt solitaire, même s’il a une compagne et un meilleur ami, son coéquipier de tournée. Plutôt paradoxal aussi, c’est en vélo qu’il vient au boulot, c’est en cachette qu’il roule dans la Ferrari F430 qu’il s’est patiemment payée. Pourquoi a-t-il volé autant d’argent, si ce n’est pas pour le flamber mais juste l’entreposer dans son garage et se rendre ensuite ?

Les raisons profondes, Philippe Godeau et sa scénariste Agnès de Sacy vont les chercher dans des incidents anecdotiques, d’apparence superficiels : un jour de congé refusé, des minutes non comptabilisées sur une fiche de paie, des normes de sécurité non respectées. Bref du côté du mépris condescendant de la direction pour son personnel. Et si le casse était une vengeance, un plat qui ne se mange pas froid mais se paie comptant.

Philippe Godeau aime les histoires vraies et les personnages solitaires, enfermés de l’intérieur. On avait découvert ce producteur (de Jaco van Dormael) avec sa première réalisation "Le dernier pour la route", l’histoire du grand reporter (Hervé Chabalier) et de sa cure de désintoxication. A propos de l’alcoolisme, il avait fait l’impasse sur les clichés pour livrer un film très sobre.

Il fait de même avec ce thriller. D’une part, il expose le double modus operandi méticuleux de l’opération dans son volet technique mais aussi et surtout dans sa dimension humaine. C’est d’autant plus passionnant et utile pour remonter les méandres de la psychologie de son personnage central.

Idéalement dirigé, François Cluzet livre un portrait à la fois opaque et lumineux, minimaliste mais jamais monolithique. Il esquisse autant de facettes que de conjectures pour tenter d’expliquer le geste de quelqu’un qui se rend après avoir dérobé 11,6 millions, seul, sans violence, sans arme et sans victime. Enfin si. L’enquête mettra en lumière les dysfonctionnements de la direction de l’entreprise qui sera remerciée.

En somme, Philippe Godeau renoue avec la grande tradition du film noir, se servant d’un fait criminel et du grand flash-back pour questionner la société au départ d’un geste irrationnel. L’acte de Toni Musulin - comme peut-être celui de Jérôme Kerviel - traduit-il la volonté d’un employé de planter l’entreprise pour stopper les errements coupables de ses dirigeants ?

Sur le modèle du récit d’un casse exceptionnel, Philippe Godeau signe tout à la fois un thriller palpitant, un essai social percutant, le portrait d’une personnalité complexe tout en laissant le spectateur en tirer ses propres hypothèses. Il a trouvé en François Cluzet, Bouli Lanners et Corinne Masiero, des collaborateurs de premier plan.

Réalisation : Philippe Godeau. Scénario : Philippe Godeau, Agnès de Sacy. Images : Michel Amathieu. Avec : François Cluzet, Bouli Lanners, Corinne Masiero 1h42.