L’arme fatale

En deux épisodes et une spin-off ("The Avengers"), la série "Iron Man" est devenue l’une des plus belles réussites commerciales de la Marvel. Le défi demeurait néanmoins, pour ce troisième opus, des aventures de Tony Stark (toujours incarné avec délectation par Robert Downey Jr): beaucoup de "numéro 3" ont viré à la surenchère gavante ("X-Men") ou à l’autoparodie ridicule ("Spider-Man").

A.Lo.

En deux épisodes et une spin-off ("The Avengers"), la série "Iron Man" est devenue l’une des plus belles réussites commerciales de la Marvel. Le défi demeurait néanmoins, pour ce troisième opus, des aventures de Tony Stark (toujours incarné avec délectation par Robert Downey Jr): beaucoup de "numéro 3" ont viré à la surenchère gavante ("X-Men") ou à l’autoparodie ridicule ("Spider-Man").

Jon Favreau, qui a réussi les deux premiers épisodes, a cédé son siège de réalisateur (mais conserve son rôle à l’écran de garde du corps de Stark). Pour le remplacer, Shane Black, scénariste le mieux payé d’Hollywood à la fin des années 90, est sorti d’une semi-retraite où il se tenait depuis 2005 et le remarqué "Kiss Kiss Bang Bang".

Ce roi du film d’action burné (il a écrit les "Armes fatales" ou le parodique "Last Action Hero") recycle ici quelques-uns de ses motifs (comme la bataille finale sur le cargo), mais remplit parfaitement son contrat. Le truc consiste à traiter avec sérieux ce qui n’est jamais qu’un scénario de serial à l’ancienne, avec grand méchant oriental et savant dément, tout en instillant une dose d’humour et un parfum d’air du temps.

Ce troisième élément est ici incarné, d’une part, par un terroriste mondialisé, le Mandarin (Ben Kingsley), qui multiplie les attentats à coups d’arme de destruction massive, jusque sur les marches du Chinese Theatre, à Hollywood (mise en abyme récurrente chez Black), et par un scientifique en quête de génie génétique (Guy Pearce). En mettant d’abord plein la vue avec les gadgets électroniques de Tony Stark qui renvoient les derniers prototypes d’Apple au rang de bricolage de grenier, Black place rapidement son héros dans une situation désespérée. Choix dramatique qui permet à Downey Jr de passer l’essentiel du film à visage découvert, son personnage devant recourir aux bons vieux muscles et méninges.

Compte tenu de sa trame, le film flirte avec la caricature géopolitique et le couplet patriotique. Mais Black retourne l’un et l’autre par un rebondissement particulièrement savoureux. En sous-texte, le réalisateur s’amuse autant de la fabrication des icônes (et des croque-mitaines) médiatiques. Fortuitement, le scénario résonne même de l’ écho des récents attentats de Boston, ramenant les sources du terrorisme au cœur de l’Amérique et aux rancœurs nourries par les laissés-pour-compte de son "rêve". Mais ceci reste une adaptation d’un comic book. S’il ne faut pas en attendre plus, en la matière, la franchise demeure un divertissement réussi, essentiellement grâce à ses acteurs.

Il y a vingt ans, personne n’aurait imaginé qu’un acteur oscarisé (Kingsley), une actrice révélée par Woody Allen (Rebecca Hall) ou des comédiens issus du cinéma d’auteur (Guy Pearce, Don Cheadle) joueraient les utilités dans un blockbuster. C’est aujourd’hui monnaie courante et tant qu’à se les payer, autant leur laisser un peu de place. Kingsley livre ainsi une scène-culte dans son meilleur numéro de mauvais comédien. Downey décline avec succès celui du play-boy cynique et imbuvable. Et Pearce, tant qu’à se complaire dans le registre du bad guy depuis quelques films, compose ici son plus beau salaud.

Réalisation et scénario : Shane Black. Avec Robert Downey Jr, Guy Pearce, Ben Kingsley, Gwyneth Paltrow,... 2h09.