Drôle d’endroit pour une rencontre

Quatorze ans, boutonneux, le visage en pleine mue, Lorenzo, replié sur lui-même, peine à se socialiser comme on dit. Déjà, sa mère a pris les devants, on fait la connaissance de son garçon, alors qu’il termine sa visite chez le psy.

F.Ds

Q

uatorze ans, boutonneux, le visage en pleine mue, Lorenzo, replié sur lui-même, peine à se socialiser comme on dit. Déjà, sa mère a pris les devants, on fait la connaissance de son garçon, alors qu’il termine sa visite chez le psy.

A l’école, c’est l’effervescence à quelques jours du départ en classes de neige. Près du radiateur, Lorenzo a d’autres plans. Il a empoché l’argent des vacances, fait des provisions, réalisé des doubles des clefs. Cette semaine à la montagne, il s’est organisé pour la passer dans la cave de son immeuble, bien au chaud à côté de la chaudière, avec son ordi, son MP3, un gros bouquin et une fourmilière, pour toute compagnie. C’est toujours intéressant à regarder à la loupe.

C’était compter sans Olivia, sa demi-sœur de 10 ans plus âgée qui le découvre, alors qu’elle déboule à la recherche de sa caisse. Elle entre, elle sort comme un coup de vent. Non, elle revient la nuit en hurlant qu’elle n’a pas d’autre endroit pour dormir. La semaine au calme, ce sera pour une autre fois, car complètement shootée, elle a décidé de s’installer là pour entamer son sevrage.

Bernardo Bertolucci n’a plus tourné depuis une dizaine d’années. On a compris pourquoi, à Cannes en 2011, lorsque Gilles Jacob a remis une palme d’honneur à l’auteur de "Novecento" et du "Dernier empereur" assis dans un fauteuil roulant. A la suite d’une opération au dos, il est devenu paraplégique. Son corps l’a lâché, son esprit a déprimé, mais l’homme a fini par reprendre le dessus.

On voit de suite ce qui l’a intéressé dans la situation de ces deux jeunes sous terre qui creusent dans les secrets de la famille. D’une part, il y a cette unité de lieu à laquelle il est désormais contraint de se plier. Mais, on le sait, ce sont les contraintes qui font les grands metteurs en scène. Comme Polanski, Bertolucci appuie cette dimension claustrophobe tout en éliminant les sensations de théâtralité.

D’autre part, il y a l’observation de la jeunesse, une ligne de force des dernières années de sa filmographie avec "Beauté Volée" et "The Dreamers", l’un avait révélé Liv Tyler et l’autre Eva Green. Cette fois, le jeune Jacopo Olmo Antinori, qui a la tête d’un petit-fils de Malcom Mac Dowell, fait forte impression.

Toutefois, indépendamment de la qualité des produits, du coup de poignet du cuisinier, d’une touche de Bowie, la sauce manque de saveur. Reste ce drôle d’endroit pour une rencontre entre demi-frère et demi-sœur pour assister à la naissance d’un lien fraternel

Réalisation : Bernardo Bertolucci. Scénario : Niccola Ammaniti. Avec Jacopo Olmo Antinori, Tea Falco 1h37.