Blockbusters: l’été qui valait deux milliards

Les budgets cumulés des blockbusters américains atteignent des sommets. Mais le jeu en vaut la chandelle. "Iron Man 3" a déjà fixé la barre très haut.

Alain Lorfèvre
Blockbusters: l’été qui valait deux milliards
©Walt Disney

A Hollywood, les étés se suivent et se ressemblent - ou presque. La saison est celle où chaque studio joue son année avec sa grosse machine, à budget mirobolant. Selon "Variety", la somme de l’investissement (production et marketing) des blockbusters estivaux américains frôle les deux milliards de dollars. L’investissement vaut la chandelle : l’année dernière, "The Avengers" a récolté 1,5 milliard de dollars, le total des recettes pour tous les films sur le seul marché américain dépassant la barre des 4 milliards de dollars. Dans cette surenchère, on ne parle plus de "blockbuster", mais de tentpole - l’idée étant de couvrir le marché avec un film mastodonte.

"Iron Man 3" semble bien parti pour rééditer l’exploit de "The Avengers" : il atteint les 800 millions de dollars de recettes mondiale en moins de trois semaines d’exploitation ! Le film de Shane Black reflète aussi d’autres tendances de l’été américain.

Les films de super-héros

Depuis le début des adaptations des bandes dessinées de super-héros issues du catalogue de la Marvel, à l’aube du XXIe siècle, ils sont de plus en plus nombreux à faire le coup de poing. Après Iron Man, Superman ("Man of Steel", 19/06) et Wolverine (24/07) reprendront du service cet été. Mais cette saison-ci est plus légère après le trio "Avengers", "Amazing Spider-Man" et "Dark Knights Rises" de 2012. "300 : Rise of an Empire" (07/08), "Kick-Ass 2" (21/08), "Red 2" (21/08) complètent le panel des adaptations BD, pas toujours de super-héros.

Les suites

Corollaire de la tendance précédente, les suites ont plus que jamais le vent en poupe. Hollywood aime capitaliser sur ses succès. Et quand on mise entre 150 et 200 millions de dollars sur un film, autant minimiser les risques, donc vendre au public un concept connu. Quitte à vraiment témoigner d’un manque total d’imagination comme dans le cas de "Fast Furious 6"... "The Hangover 3" (29/05) est, au contraire, l’exemple d’un "concept original" (et pas franchement grand public) devenu recette à succès.

Variante des suites, et tout aussi représentatifs autant du contrôle des risques que de l’absence d’inspiration au grand écran, les remakes et les reboots (ou relance) sont à nouveau légion cette année : "Man of Steel" (19/06), déjà deuxième reboot en une décennie de Superman, "Evil Dead" (15/05), "Pusher" (29/05) et "Massacre à la tronçonneuse" tentent de faire du neuf avec du vieux.

L’animation

Plus d’été sans match animé. Avec, au centre du ring, l’incontournable Disney-Pixar. Cette année, le conglomérat joue aussi la carte de la suite avec "Monster Academy" (10/07). Et lâche un autre film dans l’arène, qui décline un précédent succès : les avions de "Planes" rappellent furieusement les bagnoles de "Cars"...

Leur challenger sera-t-il "Moi, moche et méchant 2" (26/06) voire "Les Schtroumpfs 2" (31/07) de Sony, qui smurfe sur le succès mondial du premier opus ? "Epic" (05/06) de Chris Wedge ("Ice Age") pourrait bien créer la surprise. Quant à "Turbo" de DreamWorks, il n’arrivera que bon dernier, à l’automne... Logique : son héros est un escargot.

La science-fiction

Bon an, mal an, les studios reviennent à ce genre à grand spectacle. Mais 2013 est une année particulièrement bien remplie, avec, en plus, une prédilection pour les apocalypses (est-ce une mise en abîme métaphorique de nos angoisses du moment?).

Après Tom Cruise qui préserve ce qui reste d’une Terre dévastée dans "Oblivion", Brad Pitt doit sauver sa famille des zombies dans "World War Z" (03/07, qui, sans être une suite, ressemble à "La Guerre des Mondes" croisée avec "World Invasion : Battle Los Angeles"). Will Smith fait de même, mais après l’apocalypse dans "After Earth" (12/06). Matt Damon affronte, lui, l’élite d’un monde futuriste polarisé dans "Elysium" (14/08). Auparavant, l’équipage de l’Enterprise doit aussi sauver le monde dans "Star Trek : Into Darkness" (05/06). Enfin, Guillermo del Toro nous refera le coup des Transformers dans "Pacific Rim" (17/07). De quoi rendre "White House Down" et son histoire de menace terroriste sur les symboles du pouvoir américain presque pâlot - n’étaient les récents attentats de Boston, dont on ne sait dans quel sens ils influeront sur le succès du film.

Le relief

La 3D-relief a beau stagner au niveau des recettes, les studios continuent à l’exploiter. C’est un peu comme les shampooings deux en un : plus personne n’y croit vraiment, mais personne n’ose faire sans. Résultat : contre douze en 2012, ce ne sont pas moins de dix-sept tentpoles qui sortent accompagnés de lunettes - y compris "Gatsby le Magnifique" de Baz Luhrmann, dont la projection officielle cannoise et la sortie conjointe ce 15 mai, diront s’il faut en attendre des migraines ou de l’émerveillement.