"La Grande Bellezza", le Sorrentino-Roma du réalisateur de "Il Divo"

« La grande Bellezza », c'est Sorrentino–Roma, sa "Dolce Vita" à lui après sei films et même pas mezzo.

"La Grande Bellezza", le Sorrentino-Roma du réalisateur de "Il Divo"
©AP
Fernand Denis

« La grande Bellezza », c'est Sorrentino–Roma, sa "Dolce Vita" à lui après sei films et même pas mezzo. On pense à Fellini mais c'est du Sorrentino, on le reconnaît à sa camera qui s'envole dès le premier plan et plane au-dessus de la caput mundi, humant ses parfums, captant sa beauté foudroyante. Et même si le guide est aussi le roi des mondains, c'est une autre époque, ce n'est plus Via Veneto que cela se passe mais sur une immense terrasse avec vue sur le Colisée.

Ce n'est plus le jeune Marcello, mais Tony Servillo qui vient de fêter ses 65 ans et ne connait pas le matin, seulement l'aurore. Quand le soleil se lève, il est l'heure pour lui de se coucher. Ça sent la rosée et le bilan. Pourquoi n'a-t-il écrit qu'un seul roman? La caméra s'engouffre dans sa vie, dans ses déambulations, dans ses conversations, parmi sa faune, dans son néant. Le sujet du roman qui l'attend depuis 40 ans.

Chaque film de Sorrentino est une expérience, il a une telle foi dans la mise en scène, dans sa caméra. Celle-ci ne se laisse pas conduire par un scénario, une dramaturgie, elle est un électron libre, complètement proustienne cette fois, chargée de nostalgie, « ce loisir pour ceux qui ne croient pas au futur ». Un aphorisme parmi d'autres, autant de tremplins qui projettent le spectateur dans son petit cinéma avec ses propres images, ses madeleines.

Plus tard, Sorrentino le ramène à lui avec une statue antique devant une fenêtre, regardant la nuit romaine. On suit ce journaliste revenu de tout, il est acide et drôle, la chirurgie esthétique et l'art contemporain l'inspirent particulièrement. Il ne tient pas la main du spectateur mais il sait que pour voir « La grande beauté », il faut aussi montrer la laideur. Existentiel!

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