La loi du cadastre

Le film est aride, sec et silencieux comme le désert où vivent Kamel, son frère et sa belle-sœur. Deux-trois baraques en tôle ondulée, quelques chèvres, un âne, un tracteur et une vue sur la ville lointaine.

F.Ds

Le film est aride, sec et silencieux comme le désert où vivent Kamel, son frère et sa belle-sœur. Deux-trois baraques en tôle ondulée, quelques chèvres, un âne, un tracteur et une vue sur la ville lointaine.

Le film ne dit rien, il montre, c’est le rôle du spectateur d’interpréter. Les deux frères, par exemple. L’un est dans la tradition, il fait un peu d’élevage, il veut que sa femme fasse des enfants plutôt que des études. L’autre est dans la modernité, il répare des télés, des lecteurs DVD, et puis il travaille à la ville, il est agent de sécurité à la gare routière. Il ramène des livres à sa belle-sœur.

On comprend que ces deux-là ne manquent pas de raisons de s’accrocher.

En attendant, un avis de démolition vient d’être placardé sur leurs constructions illégales. L’administration entend faire respecter le règlement jusque dans ce bout de désert, la terre de leurs ancêtres bédouins depuis des générations.

Mais l’administration israélienne qui a établi un cadastre ne veut rien savoir de ce qui s’est passé entre 0 et 1948. Elle met la pression et de gros moyens pour les faire déguerpir. Fonctionnaires, policiers, conducteur de pelle mécanique exécutent les ordres. En Israël, ce zèle doit pourtant bien réveiller des souvenirs chez quelques-uns

Ami Livne est un réalisateur courageux comme le sont pas mal de ses collègues israéliens. Il refuse de plaider, de convaincre des convaincus. Il place plutôt sa caméra à distance, au bord de l’ennui, mais il faut sans doute flirter avec lui pour faire sentir les kilomètres à pied à parcourir pour aller à la ville, la corvée de l’eau en tracteur et l’esclavage du générateur.

Résultat, un film sobre, âpre, montrant des individus confrontés à la violence d’Etat et cherchant des solutions : la médiatisation pour l’un, la solidarité pour l’autre. La précarité et la violence pour tous.

Réalisé : Ami Livne. Avec Adnan Abu Wadi, Maysa Abed Alhadi, Adnan Abu Muhareb 1h22