Le premier film réalisé par Dustin Hoffman

Beecham House est une maison de retraite particulière. Pas seulement une bâtisse sublime lovée dans un parc qui ne l’est pas moins, mais surtout, elle bruisse de musique aux quatre coins. Elle abrite, en effet, des musiciens qui n’ont pas rangé leurs instruments, mais ont passé l’âge de se produire en concert.

Fernand Denis

Beecham House est une maison de retraite particulière. Pas seulement une bâtisse sublime lovée dans un parc qui ne l’est pas moins, mais surtout, elle bruisse de musique aux quatre coins. Elle abrite, en effet, des musiciens qui n’ont pas rangé leurs instruments, mais ont passé l’âge de se produire en concert.

Ou alors, à l’occasion. Notamment du gala annuel pour renflouer la caisse de l’institution qui en a bien besoin. Encore faut-il proposer une affiche attractive ! A l’opéra, comme dans le rock, les vielles stars conservent un impressionnant pouvoir de mobilisation, n’est-ce pas Mick, n’est-ce pas Paul ? Et voilà qu’avec l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, une illustre soprano, le directeur artistique tient son affiche : les quatre voix d’une légendaire production britannique de "Rigoletto". Encore faut-il que la diva accepte de remonter sur scène !

Voilà pour le pitch d’une comédie aux cheveux blancs, pleine d’humour et de vacheries, de problèmes de santé et de leçons de vie comme les Anglais savent les réussir. Personne n’a oublié les heures délicieuses passées dans "The Best Exotic Marigold Hotel", de John Madden. Si ce n’est que le metteur en scène de "Quartet" n’est pas anglais, mais américain et débutant à 75 ans : Dustin Hoffman. On sait l’acteur exceptionnel, mais le metteur en scène n’est pas en reste. On le sent dès son premier plan, magnifique, celui d’une femme dont le visage parcheminé tremble un peu, mais pas les mains lorsqu’elles se posent sur le clavier et laissent entendre un doigté gorgé de musicalité.

Première qualité du "Lauréat" : une direction d’acteur exemplaire. Certes, avec Maggie Smith, on ne prend pas de risque, et Tom Courtenay, c’est la classe. Pauline Collins, si cassante dans "Albert Nobbs", déborde, ici, de cœur et de vie. Et combien vont découvrir Billy Connolly, en vieillard qui n’a pas renoncé à séduire.

La formidable idée, c’est de les plonger dans un environnement réellement composé de grands musiciens retraités dont, entre autres, Gwyneth Jones, la fameuse soprano spécialiste de Wagner.

Deuxième qualité du "Rain man" : le sujet. Dustin Hoffman, comme ses acteurs, savent de quoi ils parlent. D’une part, de la vieillesse bien sûr, avec ses accrocs par-ci, par-là, les facultés qui déclinent, les trous de mémoire, les vieux souvenirs qui remontent, les phrases qu’on répète trois fois. Et, d’autre part, la vie d’artiste, de ses codes, de sa hiérarchie, de ses jalousies, de l’amour-propre... Mais aussi de l’épanouissement qu’il procure, de l’adrénaline qu’il génère, de l’amitié qu’il soude aux dépens parfois d’une famille qu’on ne peut construire, car on n’a pas le temps nécessaire à lui consacrer.

Troisième qualité de "Tootsie" : la mise en scène. Dustin Hoffman n’est pas un formaliste - pas de mouvements de caméra virtuoses -, en revanche, il s’en sert subtilement pour faire passer son propos : mettre en avant les atouts de la vieillesse. C’est le temps qui sublime la beauté des bâtiments, à l’image de cette maison de retraite à laquelle les ans, la pluie et le vent ont donné tant de charme. Sans parler de l’intérieur, des plafonds, des parquets, des meubles d’un autre siècle. Et ces arbres séculaires qui poussaient avant l’arrivée du portable, de l’aviation et même de Napoléon; n’ont-ils pas fière allure par rapport aux jeunes pousses ? Et le dernier acte d’une pièce est-il moins passionnant que le premier ?

Comme répète l’un des personnages : "La vieillesse, ce n’est pas pour les lâches."

Réalisation : Dustin Hoffman. Scénario : Ronald Harwood. Image : John de Boorman. Avec Maggie Smith, Tom Courtenay, Billy Connolly, Pauline Collins, Michael Gambon 1h38.