Remake pushif

Nicolas Winding Refn, 42 ans, était pour la deuxième fois en Compétition au Festival de Cannes qui s’est achevé le 26 mai. Si la grande majorité du public l’a découvert avec "Drive", Prix de la mise en scène à Cannes en 2011, le Danois était déjà connu des cinéphiles européens pour sa trilogie "Pusher", dont le premier opus le révéla en 1996, ainsi qu’un de ses seconds rôles, appelé à une carrière internationale : Mads Mikkelsen. On sait les Anglo-saxons réfractaires aux langues étrangères. Ceci explique la mise en œuvre d’un remake de "Pusher", surfant sur la réputation désormais internationale de Refn.

A.Lo.

Nicolas Winding Refn, 42 ans, était pour la deuxième fois en Compétition au Festival de Cannes qui s’est achevé le 26 mai. Si la grande majorité du public l’a découvert avec "Drive", Prix de la mise en scène à Cannes en 2011, le Danois était déjà connu des cinéphiles européens pour sa trilogie "Pusher", dont le premier opus le révéla en 1996, ainsi qu’un de ses seconds rôles, appelé à une carrière internationale : Mads Mikkelsen. On sait les Anglo-saxons réfractaires aux langues étrangères. Ceci explique la mise en œuvre d’un remake de "Pusher", surfant sur la réputation désormais internationale de Refn.

"Pusher" suit la dérive d’un dealer de seconde zone. Frank (Richard Coyle) mène rondement ses affaires avec Tony (Bronson Webb) dans le Londres interlope. Un ancien taulard contacte Frank pour lui passer une grosse commande : un kilo d’héroïne. Frank se tourne vers un de ses fournisseurs, Milo (Zlatko Buric, qui tenait déjà le rôle dans l’original). Mais le deal tourne mal. Commence une course contre la mort, où Frank doit trouver 15 000 livres avant que les sbires de Milo lui fassent la peau.

L’exercice auquel se livre l’Espagnol Luis Pietro dans cette production anglo-saxonne est intrigant. Si le scénario respecte assez fidèlement celui du premier film de Refn, le style, lui, emprunte plus à ses œuvres récentes - jusqu’au générique qui évoque celui de "Drive", musique électro eighties incluse. Reste que tout n’est pas affaire que d’esthétique ou de scénario. Et n’est pas Refn qui veut.

Ce dernier greffait la mise en scène brute et réaliste du Dogme danois, alors en vogue, sur un film de genre. En résultait une tension dans chaque scène, souvent tournée en plan séquence, où dominait tantôt la tchatche des acteurs (Mikkelsen s’en sortit haut la main en trois ou quatre scènes emblématiques) tantôt l’adrénaline d’une violence dont on ne savait jamais qu’elle serait la limite. Que l’on ait vu ou non l’original, ce remake est plus convenu, parsemé d’effets gratuits, parfois éculés, qui annulent la tension. "Pusher" version 1996 imposait un regard noir et neuf. Celui de 2013 flirte avec l’imagerie clipesque, sans capter l’essence du Londres interlope.

Côté casting, ce n’est guère mieux. Certes, Zlatko Buric demeure un parrain effrayant. Mais Richard Coyle a tout juste la carrure de l’emploi, Bronson Webb, malgré son patronyme prédestiné ("Bronson" est un autre film culte de Refn), est à peine crédible en chien fou et Agyness Deyn reste trop un joli mannequin pour être crédible en strip-teaseuse toxico.

Réalisation : Luis Pietro. Avec Richard Coyle, Zlatko Buric, Bronson Webb, Agyness Deyn, 1h29