Le tueur qui venait du froid

Le titre n’est pas galvaudé, Richard Kuklinski est vraiment glacial. On fait sa connaissance lors de son premier rendez-vous avec sa future femme. Il ne dit pas un mot ou presque ? Quand elle lui demande ce qu’il fait comme boulot, il répond qu’il travaille chez Disney dans le dessin animé. Même son humour est polaire, puisqu’il bosse dans un labo de ciné porno.

F.Ds

Le titre n’est pas galvaudé, Richard Kuklinski est vraiment glacial. On fait sa connaissance lors de son premier rendez-vous avec sa future femme. Il ne dit pas un mot ou presque ? Quand elle lui demande ce qu’il fait comme boulot, il répond qu’il travaille chez Disney dans le dessin animé. Même son humour est polaire, puisqu’il bosse dans un labo de ciné porno.

C’est d’ailleurs là qu’un caïd l’a repéré pour son calme. Il lui a mis un flingue sur la tempe, et notre homme est resté impassible. Comme un glaçon. Engagé sur le champ comme tueur à gages. Bien vu, il vous refroidit n’importe quel individu avec l’aisance de Cahuzac pour blanchir ses millions. Refroidir est d’ailleurs le terme ad hoc, car il range soigneusement les corps de ses victimes au congélateur pendant quelques mois, avant de les abandonner n’importe où, ensuite. Dommage qu’il ne peut pas voir la tête des médecins légistes, lesquels, à cause de cette technique, ne peuvent plus dater la mort des surgelés. "Iceman", on vous l’avait dit.

L’homme n’est chaleureux qu’en famille. Attention, son thermostat ne s’élève jamais au-delà de 12 degrés, mais sa femme et ses filles l’adorent. C’est qu’il les dorlote comme des princesses, son amour est inconditionnel. Elles le croient promoteur immobilier.

Avec Ray Liotta dans le rôle du chef mafieux, on ne peut s’empêcher de penser aux "Affranchis" de Scorsese. "Iceman" mène cette même double vie, Dr Jekyll et Mr Hyde. D’un côté, père de famille aimant, très attentionné, offrant la meilleure éducation à ses enfants. Et de l’autre, un tueur de sang-froid avec des principes : il ne tue ni les femmes ni les enfants, et il veille à une parfaite étanchéité entre vie professionnelle et vie privée.

Evidemment, Ariel Vromen n’est pas Scorsese, il accuse quelques baisses de régime, mais il peut compter sur deux collaborateurs de première force, l’un au département costumes, et l’autre, coiffure. En matière de mode vestimentaire et capillaire, les décennies 70-80 valent le coup d’œil. Et puis, il y a Michael Shannon, l’acteur de Jeff Nichols dont le regard vous cryogénise sur place. Le film tient sur lui de bout en bout. Il est glaçant de voir comment cet homme laisse son cœur à la maison. Dès qu’il en sort, il devient insensible, imperméable à toute émotion.

Dernier détail qui fait froid dans le dos : l’histoire est vraie.

Réalisation, scénario : Ariel Vromen d’après "The Iceman", d’ Anthony Bruno, et le documentaire "The iceman tapes : conversations with a killer", de James Thebaut. Avec Michael Shannon, Wynona Ryder, Ray Liotta, Chris Evans 1h43.