L’odyssée de Thor Heyerdahl

Heyerdahl. Thor Heyerdahl. Il fut à une génération, ce que Neil Armstrong fut à la suivante et Steve Jobs à la dernière, un explorateur, un visionnaire. Après leur passage, le monde n’était plus tout à fait le même. Mais loin de sa Norvège natale qui lui a construit un musée, qui se souvient de lui? Voilà de quoi rafraîchir les mémoires.

F.Ds

Heyerdahl. Thor Heyerdahl. Il fut à une génération, ce que Neil Armstrong fut à la suivante et Steve Jobs à la dernière, un explorateur, un visionnaire. Après leur passage, le monde n’était plus tout à fait le même. Mais loin de sa Norvège natale qui lui a construit un musée, qui se souvient de lui? Voilà de quoi rafraîchir les mémoires.

Thor Heyerdahl est un scientifique un peu particulier, un archéologue expérimental en quelque sorte. Après avoir passé avec sa femme une dizaine d’années dans les îles polynésiennes, il est convaincu que l’Océanie n’a pas été peuplée par des populations venant d’Asie mais bien d’Amérique du Sud , lointaine de 8 000 km.

Sa théorie fait doucement rigoler la communauté scientifique qui lui oppose notamment le fait que les Indiens n’avaient pas de bateau. Mais ils avaient des radeaux, riposte Heyerdahl, de quoi faire carrément gondoler ses collègues. Hé bien, puisque personne ne croit à sa théorie, il la mettra en pratique. Et de monter l’expédition fort de ses observations, faible de ses moyens. C’est que personne ne tient à sponsoriser au mieux un naufrage, au pire un banquet pour requins.

Alors que n’importe quel serial killer a droit à son film, il aura fallu attendre 65 ans et le centenaire de la naissance d’Heyerdahl pour voir réaliser un film sur cette mémorable expédition.

Joachim Rønning et Espen Sandberg brossent le portrait d’un homme au regard d’acier qui s’accroche à son intuition contre vents , marées (on peut le dire) et progrès: son credo est qu’il faut s’en tenir aux matériaux utilisés par ces hommes venus du Pérou: bois, cordes, toiles, pas de clous. Il y a bien une radio à bord mais c’est pour la localisation et la publicité de l’expédition.

On aurait aimé aussi que la réalisation s’en tienne aux moyens basiques du cinéma. Qu’elle nous raconte le doute, la peur, la faim, l’ennui, la promiscuité. Mais, on en est loin. Certes, l’ambiance y est parfois aussi amicale qu’à une réunion du MR bruxellois, mais cela sent surtout les effets spéciaux quand la tempête se lève, qu’une baleine plonge sous le radeau, que les méduses transforment l’océan en écran luminescent ou que la caméra s’envole pour un plan stratosphérique. Un film qu’on aurait aimé plus profond. Mais il est vrai que Thor Heyerdahl ne savait pas nager.

Réalisation : Joachim Rønning, Espen Sandberg. Avec Pål Sverre Valheim Hagen, Anders Baasmo Christiansen, Gustaf Skarsgård 1h58