La fin de la traversée du désert (rouge) pour Antonioni

Bozar accueille sa première grande exposition cinéma consacrée à Michelangelo Antonioni. Pendant que la Cinematek organise une rétrospective tout l’été et des cycles à Flagey, Mons et Liège.

Denis Fernand
La fin de la traversée du désert (rouge) pour Antonioni
©Cinematek

Fin des années 50, le cinéma de papa craque de toutes parts. Aux États-Unis, le modèle des studios s’effondre ; en France la Nouvelle Vague déferle avec Godard, Truffaut, Chabrol ; en Italie le langage cinématographique, qui a évolué avec le néoréalisme, connaît un nouveau choc avec Antonioni. Un peu à la façon du nouveau roman en littérature, l’auteur va déconstruire la narration au cinéma. Après "L’Avventura" en 1960, le cinéma n’est plus le même, il est entré dans la modernité.
Antonioni aurait eu 100 ans l’an dernier. Sa ville natale de Ferrara à laquelle il a légué ses archives - 47 000 pièces - lui a consacré une exposition à l’occasion de son centenaire. Bruxelles l’abrite tout l’été, retravaillée par son commissaire Dominique Païni, en fonction des espaces fournis par Bozar et dans un esprit pluridisciplinaire. L’œuvre d’Antonioni qui est cinématographique mais aussi picturale - de nombreux tableaux des "Montagne Incantate" sont exposés - est ainsi confrontée à l’architecture et à la peinture à travers, notamment, les œuvres de Giorgio Morandi, un peintre ami du cinéaste dont on voit une toile dans "La Notte". L’extrait de ce film est le premier contact du spectateur avec l’exposition, en quelque sorte c’est Mastroianni qui l’accueille.

Mais s’agit-il seulement de fêter dignement l’anniversaire d’un créateur qui a marqué son art d’une rupture fondamentale, de restaurer la figure du cinéaste de l’incommunicabilité dont l’étoile a un peu pâli avec les années ? Pour Nicola Mazzanti, le conservateur de la Cinémathèque royale de Belgique, sa traversée du désert (rouge) est terminée. C’est le moment pour un nouveau public de découvrir la fameuse trilogie "L’Avventura" - "La Notte" - "L’Éclipse" car comme le dit Dominique Païni "Antonioni est le cinéaste appartenant à la génération de l’après-guerre qui répond aux questions essentielles que vit et se pose l’humanité en ce début de XXIe siècle. Et si nous sommes désormais vivement concernés par l’œuvre antonionienne, sur un mode esthétique et existentiel plutôt qu’idéologique, cela révèle précisément son actualité à l’heure de l’invalidation définitive des systèmes globaux d’explication du monde et de l’incompréhension désemparée des peuples devant l’évolution chaotique des sociétés."

Dominique Païni nous a invité à un "tour du commissaire", éclairant quelques pièces clés de ses commentaires.

Fernand Denis

"Michelangelo Antonioni, il maestro del cinema moderno", exposition à Bozar, Bruxelles, jusqu’au 8 septembre. Infos : www.bozar.be

Rétrospective complète Antonioni à la Cinematek, du 4 juillet au 30 août - Cycle Antonioni au Studio 5 de Flagey du 1er juillet au 30 août, en décentralisation à Mons en août, à Liège en septembre.