Disconnect***: Après le film choral, le film en réseau

Internet à la maison… … ou la garantie d’avoir un escroc, un harceleur, voire pire, sous son toit ?

Denis Fernand
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L’âge idiot, comme on dit ! L’âge des bêtises. Elles sont d’autant plus excitantes quand on ne risque pas de se faire prendre, bien caché derrière une fausse identité, un autre sexe, même.

Le jeu consiste pour deux ados à établir un contact avec le zarbi de la classe, un ado mal dans sa peau, refermé sur lui-même, avec la mèche de cheveux qui lui barre la moitié du visage, la totalité, s’il le pouvait. Le cheval de Troie pour pénétrer son intimité s’appelle Jessica. Une fille venue de nulle part, qui a entendu sa musique par hasard, l’a beaucoup aimée. Et de prétendre qu’elle le comprend d’autant mieux, qu’elle vit une situation pareille à la sienne. Le garçon saute à pieds joints dans le panneau pour le plus grand plaisir de nos deux geeks qui se marrent à envoyer des messages juste pour voir la réaction de leur victime. Quelle jouissance de le manipuler ainsi en live. Jusqu’où vont-ils pouvoir le pousser ? Jusqu’à la photo à poil ? Et nos compères de réussir leur coup et poster le document à tous les élèves de la classe. A l’humiliation, le souffre-douleur doit ajouter l’incompréhensible trahison de Jessica, car il n’a pas conscience de la supercherie. Plus rien ne le retient dans ce monde. Juste une corde.

"Disconnect" est ce qu’on appelle un film choral, mais dans ce cas, on parlera plutôt de film en réseau. Soit quatre histoires : deux jeunes qui en harcèlent un autre, une journaliste qui flaire un bon sujet avec un mineur qui se prostitue sur le Net, une femme qui se fait siphonner son compte en allant sur un chatbox, un détective spécialisé dans le cybercrime. Autant de cellules plus ou moins familiales, plus ou moins éclatées, autant d’individus qui ignoraient être connectés, autant d’exemples des capacités de la technologie à pulvériser les relations humaines jusqu’au drame.

Venu du documentaire - "Muderball" fut nominé à l’oscar en 2005 -, Henry-Alex Rubin réussit un premier long métrage de fiction qui fait froid dans le dos. Avoir Internet chez soi, c’est en somme avoir un rival, un harceleur, un voleur, même un assassin à la maison. Remonter à la source d’une escroquerie informatique peut demander des semaines, pour constater que le site, hébergé dans un pays étranger, peut opérer en toute impunité.

"Débranche", chantait France Gall. "Disconnect" filme Henry-Alex Rubin qui expose de façon réaliste, quasi documentaire, comment ces nouveaux outils de communication peuvent rapidement transformer la vie en cauchemar. Et comment les réseaux sociaux peuvent créer l’illusion de relations qui accentuent en fait l’isolement des personnes.

Toutefois, il ne faudrait pas en conclure qu’il s’agit d’un film anti-internet, anti-réseaux sociaux. Bien au contraire, il met en évidence, dans chacune des situations, que la communication est aussi vitale à l’être humain que manger, boire ou dormir. Même ces nouveaux outils permettent de connecter des individus qui, sans eux, ne pourraient l’être aussi sincèrement, à l’instar du père de la victime avec un de ses harceleurs.

Pour son premier long métrage de fiction, Henry-Alex Rubin témoigne aussi de ses qualités de directeur d’acteurs aux commandes d’un cast très diversifié, où l’on trouve aussi bien des ados débutants que Jason Bateman, acteur de comédie plutôt bas de plafond, très convaincant en père de famille désarçonné par le suicide de son fils. Ou encore Hope Davis, égérie du cinéma indépendant. Un film bien dans son temps. Mais pas seulement.

Réalisation : Henry-Alex Rubin. Scénario : Andrew Stern, Henry-Alex Rubin. Avec Alexander Skarsgård, Jason Bateman, Paula Patton, Frank Grillo, Hope Davis… 1h 55.