"The Lone Ranger": l’envie de jouer aux cow-boys et aux Indiens

Gore Verbinski et Johnny Depp se retrouvent après "Pirates des Caraïbes" pour "disneyifier" le western…

Hubert Heyrendt
"The Lone Ranger": l’envie de jouer aux cow-boys et aux Indiens

Ce devait être le blockbuster de l’été, avec 250 millions de dollars de budget et 175 millions consacrés à sa promotion. Peut-être Disney en a-t-il trop fait, gavant les spectateurs avant même l’arrivée du film en salles. Toujours est-il que, sorti aux Etats-Unis le 3 juillet dernier, "The Lone Ranger" s’est fait laminer, tout comme "Pacific Rim" de Guillermo Del Toro d’ailleurs, par "Moi, moche et méchant 2"… L’ardoise s’annonce sévère pour Disney, qui pourrait perdre 190 millions de dollars dans l’aventure !

Un tel accueil est-il justifié ? Sans doute. A force de prendre les spectateurs américains pour des enfants, on finit par les lasser, tandis que le film de Gore Verbinski pâtit de sa longueur, injustifiée (2 h 30 !). Pour autant, "The Lone Ranger" n’est pas le naufrage artistique redouté. Il est plutôt totalement conforme aux attentes. Gore Verbinsky, Jerry Bruckheimer et Johnny Depp font subir au western ce qu’ils avaient réussi avec le film de pirates : transformer un genre noble hollywoodien en un passe-temps pour bouffeurs de pop-corn. Le point de départ n’est pas ici une attraction des parcs Disney mais le principe est le même. Le film débute à San Francisco en 1933 dans une fête foraine. Au stand "Wild West Exhibition", entre un grizzli et un bison empaillés, un "noble sauvage" raconte son histoire à un jeune garçon… Il s’agit de Tonto, un guerrier comanche un peu désaxé. Suite à un concours de circonstances impossible à résumer ici - la mise en place du film dure plus d’une heure -, il va faire équipe avec John Reid, jeune juriste bientôt reconverti en "Lone Ranger"… Ensemble, ils vont combattre l’injustice et la cupidité dans les paysages somptueux de l’Ouest américain.

Soit un tour de montagnes russes mené tambour battant qui relie les classiques du western (train, bordel, mines…) à la sauce Disney. Tandis que, sans surprise, on retrouve un Johnny Depp en roue libre, grimé en Indien de pacotille. Lequel semble définitivement coincé dans le même registre depuis "Pirates des Caraïbes", incapable désormais de prendre le moindre risque… C’est souvent impressionnant - avec notamment une dernière poursuite à deux trains au son du cancan assez époustouflante - et toujours gentillet. Même si, en sourdine, une petite musique, citant John Locke, vient nous parler de l’Amérique contemporaine, rongée par l’avidité des grands groupes industriels qui dévoient la démocratie…


Réalisation : Gore Verbinski. Scénario : Justin Haythe, Ted Elliott&Terry Rossio. Photographie : Bojan Bazelli. Musique : Hans Zimmer. 

Avec Johnny Depp, Armie Hammer, William Fichtner, Tom Wilkinson, Ruth Wilson, Helena Bonham Carter, Barry Pepper… 2 h 29.