Robin Wright : "Je ne suis pas bankable"

A Hollywood, on peut compter sur les doigts de la main les actrices dont l’autodérision va jusqu’à se faire insulter copieusement dans un film en jouant leur propre rôle. L'actrice incarne dans "Le Congrès" d’Ari Folman une Robin Wright… très différente d’elle.

Entretien: Patrick Laurent
Robin Wright : "Je ne suis pas bankable"

A Hollywood, on peut compter sur les doigts de la main les actrices dont l’autodérision va jusqu’à se faire insulter copieusement dans un film en jouant leur propre rôle. Et si on ajoute le fait de se moquer totalement de leur image au point de donner leurs interviews dans le temple du glamour cannois dans un vieux jeans, un t-shirt informe et une veste de cuir noir, alors, telle une Highlander des temps modernes, il n’en reste qu’une, Robin Wright. Ex-Penn. Et toujours aussi belle dans "Le Congrès", la parfois désopilante et souvent intéressante réflexion sur l’avenir du cinéma signée Ari Folman, le réalisateur de "Valse avec Bachir".


Considérez-vous avoir pris un risque en acceptant de jouer votre propre rôle ? 

Quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois avant de développer le personnage nommé Robin Wright, comme il voyait que le projet m’excitait beaucoup, Ari Folman m’a dit : ‘Quel concept cruel d’embellir ce qui peut être considéré comme une provocation.’ Les choses pourraient en effet tourner comme on le voit à l’écran. Les technologies existent réellement. On crée déjà des acteurs par informatique. Pour le film de Robert Zemeckis, ‘La légende de Beowulf’, j’ai été scannée. Le fond de l’histoire est donc réel. Est-ce que j’ai pris un risque en jouant ce rôle ? Vous savez, je suis dans le business depuis longtemps. Tout le monde verra que, de toute évidence, l’histoire ne correspond pas à ma vie. Même si je dois le répéter d’interview en interview… Cela n’a rien à voir avec moi, même si on fait référence à des films emblématiques dans lesquels j’ai joué. 

Vous avez éprouvé le besoin d’en parler à vos enfants, puisque le personnage nommé Robin Wright est aussi une maman ? 

Non. Ils savent que ce rôle est totalement différent de moi. Les enfants du film ne pourraient pas être plus différents des miens. Jamais un agent ne m’a dit une seule des horreurs du début, je n’ai jamais rencontré un responsable de studio qui me parlait comme ça, et je peux vous dire que je n’ai pas le sentiment d’avoir fait des mauvais choix de carrière comme on me le reproche dans "Le Congrès". 

Vous vous êtes souvent éloignée d’Hollywood pour tourner des films indépendants… 

Je n’ai pas le moindre regret. Ce sont des choix personnels, basés sur mes centres d’intérêt, ma passion. Moi, je préfère tourner un film de Cassavetes que Batman. Peu m’importe de ne pas faire partie de la A-list (celle des acteurs les mieux payés, NdlR) et de ne pas capitaliser éternellement sur les rôles d’ingénues en raison du succès de "Princess Bride". C’est un business, et son but, c’est de gagner de l’argent. Moi j’ai fait des choix artistiques qui m’ont permis de me sortir de cet engrenage. Je ne suis pas ‘bankable’! Je ne suis pas lucrative pour eux. Bien sûr, j’ai aussi raté des rôles parce qu’on préférait me remplacer par une actrice qui attire le public dans les salles. C’est une question de choix. Mais je n’ai jamais subi ce qu’on voit dans le film. 

Comment vous trouvez-vous en personnage animé ? 

Super. Vraiment. Mais pour moi, l’important est que ce film parle de ‘Big Brother’ et de son voyeurisme. C’est une métaphore. La technologie a envahi notre domaine, comme la médecine. Elle permet à une poignée d’hommes de tout diriger. Cela consolide les positions existantes et restreint le champ des possibilités en même temps que la liberté.