Byzantium : Vampires au féminin

Neil Jordan revient à ses premières amours dans un film de genre maniériste.

Byzantium : Vampires au féminin
Hubert Heyrendt

Avec la sublime Gemma Arterton en tête d’affiche dans le rôle d’une vampire aux formes pulpeuses, sûr que pas mal de cinéphages vont avoir envie de se laisser mordre par "Byzantium" ! La jeune comédienne anglaise se fait, en effet, ici plus croqueuse d’hommes que jamais… Elle y incarne Clara, une ancienne prostituée. Transformée en vampire par l’un de ses amants, elle refuse de perdre sa fille Eleanor. Quand celle-ci a atteint l’âge de 16 ans, Clara décide de la transformer à son tour pour pouvoir garder éternellement son enfant à ses côtés… Errant dans les paysages désolés de l’Angleterre, les deux jeunes femmes se font passer depuis le XVIIIe siècle pour deux sœurs. Trouvant refuge au "Byzantium", un hôtel décrépit en bord de mer, elles vont voir leur existence bouleversée quand Eleanor confesse à son amoureux leur lourd secret…

Neil Jordan est décidément un touche-à-tout. Après avoir revisité le conte celte "Ondine", en 2009, ou offert de sa jeunesse un portrait très personnel dans l’étonnant "Breakfast on Pluto", en 2004, le revoici au film de genre. C’est la troisième fois que l’Irlandais met en scène des vampires, après "High Spirits", en 1988, et surtout "Entretien avec un vampire", en 1994.

Comme dans ce dernier, "Byzantium" met en scène une relation filiale entre un vampire et sa création. Tandis que comme dans "La compagnie des loups", qui revisitait, en 1984, le conte du Petit chaperon rouge, Jordan assume pleinement ici la connotation sexuelle du folklore. "Byzantium" est, en effet, un nouvel essai sur la dimension érotique du vampirisme, dimension qui explique sans doute pourquoi le mythe continue de fasciner. Que ce soit à travers les séries télé ("Vampire Diaries" ou "True Blood") ou une saga à succès comme "Twilight".

Par sa charge érotique très appuyée et sa dimension féministe, "Byzantium" semble s’adresser à un public plus mature. Pourtant, il n’en est rien. Le scénario de Moira Buffini, plombé par un romantisme frelaté et bavard, ne parvient jamais à faire vibrer, se bornant à enfiler les perles sur l’amour-toujours entre une mère et sa fille ou sur l’éveil de l’émoi sensuel d’une jeune fille…

Pour combler, Neil Jordan joue donc les stylistes, appuyant sur des cordes un peu faciles : décors et couleurs sursignifiants (avec, notamment, une utilisation lourdingue du rouge), ambiances glauques… Quand il ne verse pas carrément dans le kitsch le plus assumé pour décrire, sur fond de mythologie celtique, la transformation vampirique… Dans ce micmac poussif, pas facile d’y retrouver ses petits. Les amateurs de fantastique riront sous cape, tandis que les amateurs de Gemma Arterton seront sans doute déçus de voir la belle pas des plus à l’aise dans cette métaphore de la femme fatale. Seule la jeune Saoirse Ronan, découverte dans "Reviens-moi", tire son épingle du jeu dans le rôle de la jeune vampire romantique…

Hubert Heyrendt 

Réalisation : Neil Jordan. Scénario : Moira Buffini (d’après sa pièce). Photographie : Sean Bobbitt. Musique : Javier Navarrete. Avec Gemma Arterton, Saoirse Ronan, Jonny Lee Miller, Sam Riley… 1 h 58.