"Diana, probablement le pire film que j’aie jamais vu"

Telle est la critique de "The Independent". La dernière love story de la princesse des cœurs est un soap de luxe, forcément...

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Fernand Denis

Quelle petite fille n’a pas rêvé d’être une princesse ? Et quelle grande fille aussi ? Et quelle femme également ? Vivre dans un château, entourée d’un personnel à disposition, jour et nuit, pour vous nourrir des mets les plus délicats, vous vêtir de robes griffées sur mesure, vous conduire dans des limousines confortables qui ignorent les feux rouges et les parcmètres. Pouvoir compter sur les hommes les plus futés pour vous conseiller, les plus baraqués pour vous protéger. Qui n’a pas souhaité cette vie de Paris Match où il suffit de sourire aux photographes, de recevoir des bouquets de fleurs, de manier les ciseaux, de dire quelques mots (pas même de les écrire), sans oublier de marcher avec élégance sur un tapis rouge au bras d’un prince charmant.

En quelques minutes, Oliver Hirschbiegel montre que pour Diana cette vie était un cauchemar nommé pression. La pression de la sécurité, la pression qu’on qualifiera d’atmosphérique (impossible d’aller prendre l’air). La pression des talons, celle qui exige d’être irréprochable en permanence de la pointe de l’escarpin à celle du brushing. Et la pression médiatique, bien entendu, qui atteint des sommets en 1995 alors que Diana, divorcée du prince Charles, se bagarre pour voir ses enfants et garder sa place dans le cœur des Britanniques.

Afin de soulager en partie cette pression, elle bénéficie des services d’une acupunctrice. Quand le mari de celle-ci est frappé d’un infar, elle se précipite à la clinique pour la soutenir. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance d’un jeune chirurgien pakistanais : Hasnat Khan.

Diana est alors plus qu’une princesse, elle est la femme la plus célèbre du monde, et notre docteur fait comme s’il n’en savait rien. Sans provocation, sans arrogance, mais juste avec la réserve et le naturel qu’il fallait pour la séduire, sans même en afficher l’intention. Voila donc le rêve de Diana : être une femme banale - sans toutefois sortir les poubelles, faire la lessive et se préoccuper de la fin du mois -, être une femme banale aimée par un homme qui l’emmène au McDo, fume dans la maison et regarde le foot à la télé. L’herbe est toujours plus green à côté.

Le réalisateur de "La Chute" livre en fait un feel good movie (à condition de faire l’impasse sur sa fin tragique). En voyant les paparazzi s’acharner sur Diana comme les picadors sur le taureau, on ne peut qu’en conclure que pour vivre heureux, vivons anonyme. Comme la vie est facile quand il n’y a personne pour vous dire où il faut aller, personne pour vous surveiller. C’est que pour les têtes couronnées, tous les aléas de la vie privée prennent des proportions insensées qui déréalisent les situations, transforment l’existence en soap opéra. Albert II ne doit pas être le dernier à comprendre ce qu’à endurer Diana depuis qu’il est le héros du feuilleton "Plus Boël la vie".

Et le scénariste s’en donne à cœur joie brossant d’Hasnat Khan le portrait d’un amant au charme exotique, au cœur généreux - il va canaliser la notoriété princière au service de l’humanitaire - à l’intelligence humaine en encourageant Diana à improviser pour se libérer de ses chaînes (en or).

Un jour sur le champ de mines en Angola et le lendemain sur le yacht de Dodi Al-Fayed, Diana n’était pas Mère Teresa - quoique l’une et l’autre excellaient en exploitation des médias - et le scénario avance des hypothèses rocambolesques à propos du dernier homme dans la vie de princesse de Galles.

Quant à Naomi Watts, elle relève le défi de façon subtile en l’interprétant avec deux visages. Autant elle peut faire sa Diana, lorsque la princesse est en représentation officielle, affronte le public, se livre à la fameuse interview confession. Mais lorsqu’elle est en privé, que le brushing est tombé et le maquillage plus léger, elle est très Naomi.

Oliver Hirschbiegel a sans doute eu tort de titrer son film "Diana" qui induit l’idée d’un biopic alors qu’il s’agit d’une love story cernée par les obstacles; certains communs, d’autres pas.

Descendu en flammes

"‘Diana’ est probablement le pire film que j’aie jamais vu", affirme la critique de "The Independent". "Ce film est atroce et intrusif", renchérit "The Times". "Seize ans après ce terrible jour de 1997, elle est morte une seconde fois", assène "The Guardian".

Les titres de la presse britannique sont assassins mais le réalisateur Oliver Hirschbiegel n’est pas du tout effondré pour autant. "La presse britannique n’est pas unanimement hostile, une partie est même très enthousiaste", réplique le cinéaste lors de sa conférence de presse à Paris. "Pour moi, c’est du déjà-vu. J’ai connu le même phénomène avec ‘La Chute’" (NdlR, film consacré aux derniers jours de Hitler). Je ne suis pas surpris. Il y a en Angleterre un sentiment de propriété autour de Diana. Et le fait que je sois allemand a, sans doute, exacerbé davantage les réactions. Maintenant, je prends cela du bon côté. On parle beaucoup du film et cela intéresse le public. C’est pour lui qu’on a fait ce film. L’attente est énorme en Angleterre, il va sortir sur 500 écrans, c’est considérable. J’observe que ces réactions de la presse britannique sont extrêmes, très polarisées. En fait, ce ne sont pas des critiques du film mais du fait qu’on a fait un film. Diana a divisé les gens pendant toute sa vie et cela continue aujourd’hui." 

Fernand Denis

Réalisation : Oliver Hirschbiegel. Scénario : Stephen Jeffreys. Avec : Naomi Watts, Naveen Andrews, Douglas Hodge… 1h48.


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