Rush: Du pain et des pneus

Ron Howard met en scène la rivalité entre Hunt et Lauda, ces deux gladiateurs du XXe siècle.

Denis Fernand
RUSH
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Hunt et Lauda, le noceur et le bosseur, le paon et le rat, l’Anglais et l’Autrichien. Deux rivaux de légende dans l’histoire de la formule 1.

Encore faut-il avoir de l’intérêt pour ce qu’on a du mal à appeler un sport. Tous les pilotes ne bénéficiant du même matériel, comment savoir quel est le meilleur d’entre eux ? De plus, si le cinéma est friand en cascades de voitures, la course automobile n’a généré que des films médiocres : "Le Mans", de Steve McQueen, "Michel Vaillant", de Luc Besson, "Days of Thunder", avec Tom Cruise.

Revenons avec Hunt, en formule 3, petit coq entouré de poulettes, vidant sa coupette de champ’ avant de se glisser dans son baquet. Et à côté, son portrait inversé, Niki Lauda, un visage sans charme, entouré de mécanos, préparant minutieusement sa course depuis des heures. Seul point commun : une rage de vaincre à tout prix. A cette époque, il était élevé, puisqu’en moyenne, deux pilotes de F1 laissaient leur peau sur le bitume, chaque année. Mais si Hunt est financé par un richissime et britishissime dandy, Lauda a investi toute sa fortune personnelle pour s’acheter un volant de F1. C'est ainsi que l’un se retrouve au volant d’une Ferrari et l’autre d’une… Hesketh. Mais en 76, les deux hommes qui se haïssent vont se retrouver à bagnoles plus ou moins égales, Ferrari pour Lauda et Mac Laren pour Hunt.

Ce championnat va connaître une succession de rebondissements dépassant l’imagination d’un scénariste. Mais justement, Ron Howard a eu la bonne idée de ne pas s’en passer, de reformer, avec Peter Morgan, le duo gagnant de "Frost/Nixon" (pas Prost/Nixon).

Ron Howard se charge de la mise en scène, de communiquer la griserie de la vitesse et la sensation du danger, tirant un maximum de tension grâce à la pluie. Côté distribution, il n’a pas "Thor" d’avoir choisi Chris Hemsworth en beau gosse des circuits, sorte de fils naturel de Brad Pitt qui l’était lui-même de Redford. Troublant. Quant à Daniel Brühl, il est hallucinant d’intensité et de mimétisme avec son modèle, physiquement plus connu.

Le scénariste, Peter Morgan, s’emploie, lui, à donner un sens à l’existence de ces types qui tournent en rond tous les dimanches pour savoir qui conduit le plus vite. Il voit en eux les gladiateurs du XXe siècle : "Morituri en Ferrari te salutant." D’ailleurs, depuis qu’on n’y verse plus de sang, la F1 a rétrogradé dans la hiérarchie sportive. Aujourd’hui, le Grand Prix de Francorchamps passe après le hockey féminin. Morgan y voit aussi l’illustration du capitalisme, l’éloge de la compétition poussée jusqu’à l’absurde, lorsque ces bolides sont lâchés en pleine averse torrentielle, alors que personne n’y voit rien. Il avance aussi une tentative d’explication autour de ces belles créatures qui gravitent autour des pilotes. C’est qu’ils frôlent régulièrement la mort, ce qui leur donne une qualité d’adrénaline hors du commun.

Et puis, Morgan injecte des observations paradoxales comme celle de Niki Lauda faisant ce constat : "Le bonheur est mon ennemi." Contrairement à ses collègues, Lauda ne change pas de femmes comme de pneus. Ayant trouvé la femme de sa vie, il a désormais conscience de ce qu’il peut perdre, alors qu’auparavant, il ne se préoccupait que de gagner.

  Rush  - Réalisation : Ron Howard. Scénario : Peter Morgan. Avec Chris Hemsworth, Daniel Brühl, Olivia Wilde, Alexandra Maria Lara… 2h03.