Albator est de retour, il n’est pas content, et il est en 3D

De la télévision d’il y a trente ans au grand écran, le héros solitaire et balafré est de retour.

Albator est de retour, il n’est pas content, et il est en 3D
Vincent Touraine

animation Vincent Touraine Correspondant à Tokyo

Si vous êtes nés dans les années 70, il a forcément marqué votre enfance. Diffusées à la télévision à la même époque que celles de Goldorak, les aventures du corsaire de l’espace restent dans nos mémoires comme celles d’un héros solitaire, taciturne et intègre, en quête permanente d’un monde idéal.

Que ses fans se rassurent : l’Albator de 2013 est fidèle à sa réputation. Toujours aussi mystérieux, attaché au code de l’honneur mais sans pitié, il continue de sillonner l’univers à bord de l’Atlantis, son vaisseau pirate. Sa légendaire balafre n’a pas bougé d’un poil, et son uniforme arbore toujours une magnifique tête de mort !

Fidèle équipage

Les membres de son équipage, eux aussi sont là : Nausicâa, la jeune blonde chargée de la navigation et secrètement amoureuse du boss. Alfred, le mécano joufflu rigolard avec ses lunettes rondes. Mima, l’extraterrestre aux longs cheveux bleus, gardienne de l’antimatière qui propulse l’Atlantis. Même le fidèle cormoran au long cou qui passe son temps sur l’épaule d’Albator n’a pas été oublié.

Comme d’habitude, le pirate justicier est accusé de tous les maux par ses détracteurs. Cette fois, il est dans le collimateur de la coalition Gaia, corrompue jusqu’à l’os, et qui règne sur une espèce humaine qui lui est soumise.

Dans cette intrigue inédite à rebondissements, et où interviennent de nouveaux personnages, les épiques batailles spatiales au laser sont au rendez-vous, servies par des effets spéciaux dignes d’une superproduction américaine.

Produit par les studios Toei Animation, le film a tout de même coûté 30 millions de dollars et demandé cinq ans de travail. La technologie utilisée par Shinji Aramaki, son metteur en scène, est celle du "motion capture" popularisée par James Cameron dans "Avatar". Des acteurs réels, habillés de combinaisons truffées d’électronique, sont filmés dans un décor virtuel, l’ensemble est ensuite traité par ordinateur pour donner une image de synthèse aussi proche que possible de la réalité. On aime ou on n’aime pas.

L’avis des fans

Interrogé sur la question, Leiji Matsumoto, le papa d’Albator, dit y voir une évolution naturelle de l’animé, "qui ne change rien au fond de [son] travail".

Pourtant, certains des happy few qui ont dernièrement assisté à Tokyo à l’avant-première du film en français, et en présence du maître, sont loin d’être convaincus. Aude, toute petite à l’époque de la série télé, regrette que cette 3D donne un côté "très Final Fantasy" au film. Pour elle en tout cas, l’histoire a été une découverte totale qui lui a "donné envie de se replonger dans l’animé d’origine". Olivier, un peu plus âgé et beaucoup plus fan, a trouvé le long métrage "plus adulte et plus froid" que le dessin animé des années 80, dont il garde un souvenir "merveilleux et enfantin". Selon lui, Aramaki "s’inscrit dans l’air du temps avec un Albator trop sérieux", qui du coup perd une bonne partie de son charme. Pour autant, il reconnaît être un peu "sévère" quand il parle du héros de sa jeunesse, car comme on dit : qui aime bien châtie bien !

Invité à donner son avis sur la nouvelle adaptation de son personnage fétiche, Leiji Matsumoto, lui, estime qu’elle "respecte Albator dont les valeurs sont intemporelles" et "qui est le seul dans l’univers à résister à la coalition Gaia".

Noir optimisme

Aussi noir que puisse être le scénario, il conserve une note d’espoir, car comme le souligne Matsumoto, "le message d’Albator est source d’optimisme". Pour le pirate en effet, "la paix et la protection de la Terre restent essentielles". A bientôt 76 ans, le mangaka qui fête cette année ses 60 ans de carrière dit être incapable de choisir le personnage qu’il préfère parmi tous ceux qu’il a créés. Albator n’est pas forcément le plus important à ses yeux : "Il fait partie d’un tout qui ne se distingue pas plus du reste de mes œuvres", dit-il.

Quand on lui demande ce qu’il peut encore faire après une carrière si riche, Leiji Matsumoto lance sobrement : "Il faut que je continue, je vais lever l’ancre et poursuivre le voyage…" Exactement comme Albator.


Sur le même sujet