"Blood Ties" : Guillaume Canet signe un polar daté

Fort du succès aux Etats-Unis de Ne le dit à personne, Guillaume Canet a pu y développer le remake américain des Liens du sang.

Clive Owen in Blood Ties (2013) *Filmstill - Editorial Use Only* CAP/NFS Image supplied by Capital Pictures Reporters / Capital Pictures
Clive Owen in Blood Ties (2013) *Filmstill - Editorial Use Only* CAP/NFS Image supplied by Capital Pictures Reporters / Capital Pictures ©Reporters / Capital Pictures
Alain Lorfèvre

Fort du succès aux Etats-Unis de Ne le dit à personne, Guillaume Canet a pu y développer le remake américain des Liens du sang. Pour les réalisateurs européens qui ont le fantasme de tourner Outre-Atlantique, le film noir est bien souvent un repère cinéphilique. Canet n’a pas boudé son plaisir, avec ce récit situé dans les années septante, où Chris (Clive Owen), la cinquantaine, est libéré en conditionnelle après plusieurs années de taule. Son frère Frank (Billy Cudrup), détective zélé, l’héberge à contrecœur, tout en espérant que Chris va réellement se ranger des voitures.

Canet, qui avait joué dans la version française tournée par Jacques Maillot et inspirée du cas authentique de Michel et Brunot Papet (raconté dans le livre "Deux frères, un flic, un truand"), sait qu’il a sujet fort - a fortiori transposé dans le contexte fantasmatique du New York des années 70, qui réveille un arrière-plan de souvenirs cinéphiles : ‘French Connection" et "Serpico" en tête, mais aussi les films plus récents de James Gray, qui a coécrit le film avec Canet (et qui devait initialement réaliser "Blood Ties". Des souvenirs un brin encombrants car il s’agit d’en être à la hauteur. Or, le Français a beau connaître ses modèles, il n’en retrouve ni le rythme, ni l’épaisseur. Sa mise en place est laborieuse. Si on est dans du film noir, il faut l’assumer et ne pas (trop) s’attarder sur la dimension sociale (l’impossible réinsertion de Chris). Si on veut tourner une scène d’action, il faut y aller à fond : la seule poursuite de voitures du film évoque plus "Starsky et Hutch" que William Friedkin. La péripétie qui s’ensuit, convoquant elle le final de "Carlito’s Way" de Brian De Palma, ne soutient pas mieux la comparaison.

Le casting échoue lui aussi dans l’impasse. On ne sait si Owen et Cudrup font ce qu’ils peuvent ou s’ils ne font rien. La présence de James Caan est là pour la nostalgie, mais son personnage n’apporte rien au récit. Mila Kunis est correcte, sans plus. Matthias Schoenaerts bluffe avec son accent impeccable. Reste le cas Cotillard : madame Canet n’assume pas de jouer une prostituée camée - elle ressemble plus à une épouse délaissée - et l’incarnation de son personnage de maquerelle est horriblement datée, même pour les seventies.

Au final, malgré une direction artistique impeccable, "Blood Ties" s’avère un exercice de style laborieux, peu inspiré, pesant et long, qui ne prend jamais aux tripes comme il se devrait dans ce genre de cinéma.


Réalisation : Guillaume Canet. Scénario : Guillaume Canet et James Gray. Avec Clive Owen, Billy Cudrup, Mila Kunis, Marion Cotillard… 2h07


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