Tous les chemins mènent à Romain... Duris

Sortie de "Casse-tête chinois", 3e volet des aventures de Xavier après "L'auberge espagnole" et "Les poupées russes". Alors que pointe la quarantaine, il est l'acteur le plus populaire de sa génération.

Tous les chemins mènent à Romain... Duris
©Photo News
Entretien>Fernand Denis

Il est très populaire mais il peut être Chéreau aussi. Il fait battre les cœurs avec Audiard mais reste à l’écume des jours avec Gondry. Il peut faire tourner les romcom (comédie romantique), exploser le box-office en jouant "L’arnacœur" et aussi se lancer dans le pointu de l’art et essai jamais transformé. Déjà vu "17 fois Cécile Cassard" ?

Tous les chemins du cinéma français conduisent à Romain Duris. Il n’a pas fait le Conservatoire, ni la rue Blanche ou le cours Florent, mais c’est à lui qu’on demande d’incarner Molière. Et c’est lui qu’Ozon vient d’engager pour son dernier film. Celui qui ne voulait pas devenir acteur lorsqu’il tournait "Le péril jeune" avec un Cédric Klapisch encore chevelu est devenu, vingt ans plus tard, le visage d’une génération. Plus encore ce mercredi, jour de sortie de "Casse-tête chinois".

La saga Harry Potter a montré une génération grandir à l’écran. "L’auberge espagnole", "Les poupées russes", "Casse-tête chinois" montrent une génération mûrir.

Oui, c’est vrai. Moi, je ne sens pas le temps qui passe. L’âge, c’est pas concret quand on fait ce métier. Du coup, quand on voit les photos dans le générique de "Casse-tête chinois", on a une preuve formelle que le temps a passé. Une des chances de cette entreprise, c’est de faire notre métier avec une dose de vécu. Et en plus, on le partage avec le spectateur.

Car vous êtes devenu le visage d’une génération.

Malgré moi. On a eu la chance que les films soient très vus. Ils ont marché très fort tous les deux. Il y a une vraie complicité avec le spectateur. Ce qui est fort dans cette série, c’est sa capacité à traiter des thèmes modernes comme l’homoparentalité, la mondialisation. Cédric profite de ses personnages pour évoquer des thèmes qui le passionnent.

Vous parlez de série, de suite, mais ne devrait-on pas parler d’étapes : vingtaine, trentaine, quarantaine. Le film expose-t-il les caractéristiques d’une génération ?

Je suis d’accord, c’est moche le terme suite. Les gens sont touchés par le film, ils l’aiment vraiment parce qu’il est une image d’une génération. Moi, je la trouve éclatée. Si Martine (Audrey Tautou) s’est un peu calmée et Wendy (Kelly Reilly) aime sentir le bord du cadre, Isabelle (Cécile de France) et Xavier (Romain Duris), je ne sais pas s’ils sont encore immatures, mais il y a toujours beaucoup de vie en eux. Tout peut encore arriver tous les jours. C’est une génération plus décoincée sur le plan de la sexualité mais, du coup, les situations peuvent devenir beaucoup plus compliquées que pour la génération de nos parents où il fallait se cacher quand on était gay. Aujourd’hui, les choses sont plus vraies, mais pas plus simples. C’est une génération plus compliquée car elle est plus en phase avec ses désirs, elle veut les réaliser tous. Elle a plus de liberté mais, forcément, elle se paie.

Vous reconnaissez-vous dans le personnage de Xavier ?

Cédric et moi avons fabriqué un personnage qui est entre lui et moi. Ce qui se passe dans "Casse-tête chinois" n’est vraiment pas proche de ma vie, son tumulte ne me ressemble pas. Dans "L’auberge espagnole", il est très immature, presque neuneu. Et on était parfois au bord du gag. Dans "Les poupées russes", il est encore un peu hésitant. Mais à 40 piges, on ne voulait plus jouer sur la même note, on a davantage fait confiance aux situations. Xavier fait plus de choix qu’avant, il se trompe, mais il assume, il essaie de rattraper les situations. C’est cela qui est drôle. Mais le personnage ne m’appartient pas. Cédric a écrit les deux premiers volets tout seul. On se voit pas mal entre les films, mais jamais je ne lui ai dit : j’aimerais Xavier plutôt comme ci, qu’il fasse plutôt cela.

Xavier donne-t-il un rythme à votre carrière ?

Xavier non, mais Cédric oui. Quand on n’a plus travaillé ensemble depuis un moment, on sent qu’il y a un manque. Pour lui, c’est peut-être encore plus concret. Peut-être se dit-il: "Romain est à un âge où il ne faudrait pas que je le loupe" ? Moi, je le ressens quand je travaille longtemps avec les autres, il me manque ce pur plaisir du jeu chez Cédric. Je suis toujours prêt à faire quelque chose avec lui.

C’est un film de génération, un film de bande, un film entre amis ?

Des amis spéciaux, des amis de métier. A chaque fois, on s’est retrouvés isolés dans des pays étrangers. Ce sont des situations qu’on vit normalement avec des amis, avec son amoureuse, mais ce métier étrange nous donne l’expérience de vivre deux mois avec d’autres personnes. C’est un moment précieux. J’ai fait Barcelone avec Cécile, c’était intense. Hors des tournages, on ne se voit pas beaucoup mais on a vécu quelque chose d’unique en commun. On embarque cela avec nous quand on tourne. Quand j’ai dansé avec elle à la fête d’avant-première à Paris, il y avait ce vécu.

Dans votre génération, l’amitié est-elle plus importante que l’amour ?

Moi, j’accorde énormément d’importance à l’amour. En fait, ça se mélange, l’amour se mélange dans l’amitié. Avec mes amis très proches, très chers, j’ai parfois l’impression que c’est une histoire d’amour. Est-ce que c’est personnel ou plus général ? Je ne peux pas vous dire, en tout cas l’amour s’éparpille dans beaucoup de choses, ce n’est pas qu’une question de désir sexuel.

Vous abordez la quarantaine. L’avenir vous fait-il peur ?

Non, sans doute parce qu’on n’arrête pas de me rassurer. D’autres acteurs, des metteurs en scène me disent : tu as 40 ans, tu vas avoir les plus beaux rôles de ta carrière. J’ai hâte d’être confronté à ce qu’ils disent. Quand on fait ce métier, le vécu est une aide. Je le sens quand je joue. Les émotions viennent plus facilement. En plus, ça tourne plutôt bien pour moi, j’ai beaucoup de chance.

Vous êtes très populaire sans être people, c’est donc possible ?

Bien sûr. Je me livre le moins possible. Je suis distant avec les journalistes. Il m’arrive de sortir dans les fêtes people mais j’arrive plus tard, quand les photographes sont partis. Dans la rue, on me reconnaît, mais cela se gère aussi. On est comédien, on sait passer inaperçu quand on veut. C’est pas une question de lunettes noires, c’est une question d’attitude. De toute façon, les gens sont très sympathiques, très bienveillants avec moi. On ne m’agresse jamais. Parfois, on brise un peu l’intimité que j’ai avec d’autres personnes, c’est la monnaie de la pièce, faut s’y faire. Ce qui est fou, c’est le phénomène de la photo. Les gens préfèrent prendre une photo avec vous plutôt que de vous parler. La photo a complètement pris le dessus. Ils s’en foutent de dire un mot sur un film, de faire un commentaire. Non, c’est juste une photo avec moi. Ça me choque un peu, ils préfèrent la photo à de l’échange humain. C’est vrai que j’aurais beaucoup aimé avoir une photo avec Bob Marley, mais c’était Bob Marley ! Pas Romain Duris ! (rires)


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