Salomé sur Damiens: "Jouer un mauvais comédien, c'est compliqué donc ça l'amusait"

Pour son retour à la comédie, Jean-Paul Salomé est emballé par son acteur de "Je fais le mort".

168963 Métifet/Starface 2013-08-26 Etats-Unis 6eme Festival du Film Francophone d'Angoulême. François Damiens Jean-Paul Salomé et . . . " JE FAIS LE MORT " présentaion au CGR entre 2 salles Reporters / Starface
168963 Métifet/Starface 2013-08-26 Etats-Unis 6eme Festival du Film Francophone d'Angoulême. François Damiens Jean-Paul Salomé et . . . " JE FAIS LE MORT " présentaion au CGR entre 2 salles Reporters / Starface ©Reporters / Starface
Entretien > Fernand Denis

Début des années 90, Jean-Paul Salomé, qui fut assistant chez Lelouch, fait son entrée parmi les réalisateurs en tournant des comédies sympas, comme "Restons groupés", ce mémorable voyage organisé en car à travers l’Ouest américain. Ensuite, il s’est spécialisé dans des blockbusters à la française, plutôt boursouflés, comme "Arsène Lupin", "Belphégor" et "Les femmes de l’ombre". " Je fais le mort" marque son retour à la comédie et à un cinéma plus modeste qui fonctionne bien mieux. C’est l’histoire d’un acteur tellement pinailleur que les réalisateurs n’en veulent plus sur leurs plateaux. L’agence pour l’emploi lui propose alors un rôle inattendu commandé par un juge d’instruction, celui du mort dans la reconstitution d’un triple meurtre à la montagne. François Damiens est irrésistible dans ce rôle de… décomposition. Au lendemain d’un accueil enthousiaste au FIFF à Namur, nous avions rencontré Jean-Paul Salomé dont le film est sur les écrans depuis mercredi.

Comment ce sujet est-il arrivé jusqu’à vous ?

En lisant un article de Libé, le témoignage de plusieurs comédiens qui s’étaient vu proposer ce genre de prestation par Pôle emploi. Car ça existe vraiment, la Justice a recours à cette pratique de façon expérimentale. Parfois, certaines situations sont difficiles à jouer et puis il y a les gendarmes qui ne veulent plus rester couchés par terre pendant des heures lors de reconstitutions d’affaires compliquées. J’ai eu le déclic, la reconstitution c’est comme un tournage, le juge d’instruction c’est le metteur en scène, le greffier c’est la scripte, les gendarmes c’est la régie…

Tout de suite l’idée d’une comédie ?

Oui, l’idée d’un casse-couilles qui emmerde tout le monde en se focalisant sur des détails. Mais si cette recherche du petit détail l’handicape sur un plateau, elle devient un "plus" sur une scène de crime. C’était un ressort de comédie.

Vous en avez croisé des casse-couilles ?

Surtout dans les petits rôles car c’est très compliqué pour eux. Ils sont là 24 h, on ne se connaît pas, ils ont peu de choses à jouer, il s’agit d’être bon sur une seule phrase, alors ils deviennent casse-couilles.

Vous jouez la complicité avec le spectateur à travers notamment un dialogue savoureux.

C’est ce qu’apporte François Damiens. Au-delà de sa fantaisie, de son étrangeté, il crée cette empathie avec le spectateur alors qu’au début, il n’est pas forcément très aimable car c’est un loser aigri. Et petit à petit, par le fait qu’il exerce enfin son métier, il s’ouvre, il devient plus sympathique, plus séduisant. François a transcendé le personnage, il l’a amené à ce que je voulais. Je n’ai pas écrit pour lui car je ne voulais pas me formater la tête, mais à la fin j’ai pensé à lui. Il a accepté assez vite. J’avais besoin de quelqu’un qui avait cette sorte de folie dans la comédie. Il n’a pas peur, il ose. Et en même temps, il a compris qu’il n’y avait pas que des choses amusantes, il pouvait aussi être vrai. C’est ce mélange de comédie et de sincérité qui l’attirait. Jouer un mauvais comédien, ça l’amusait aussi car c’est compliqué.

Est-ce qu’il peut être casse-couilles ?

Non. C’est une personnalité très attachante et un très bon comédien. Quand on est bon dans la comédie, on est bon partout, ce qui n’est pas forcément vrai dans l’autre sens. Quand les comédiens ont cette désinhibition par rapport à la comédie, ils sont très très bons. Car pour jouer certaines situations, il ne faut pas avoir peur du ridicule. Or certains comédiens, même bons, ont peur du ridicule. François pas du tout, il essaie beaucoup de choses, les obstacles ne lui font pas peur, quitte à se prendre le mur. Il ne fait pas partie de ceux qui freinent. Ça passe ou ça casse mais il y va, c’est génial. Il ne se dérobe jamais, il déteste refaire deux fois pareil, sa force de propositions est phénoménale. Faut juste trier !


Lire la critique de "Je fais le mort" dans "La Libre Culture" du 11 décembre