"Tip Top": Bienvenue en Absurdie

Kiberlain, Huppert et Damiens comme des poissons dans l’eau dans une comédie à l’ouest.

"Tip Top": Bienvenue en Absurdie
©Alternative Films
H. H.

"Tip Top” est de ces films qui divisent profondément la critique et laissent le spectateur à l’écart. Soyons honnête, la démarche, radicalement singulière de Serge Bozon, mérite d’être saluée. Avec “L’amitié”, “Mods”, “La France” (qui relisait de façon absconse la Première Guerre mondiale) et maintenant “Tip Top”, se construit un univers cinématographique difficile à appréhender, imperméable à toute interprétation directe comme au second degré. Dans sa bizarrerie travaillée, “Tip Top” ne peut, en effet, s’entendre qu’au premier degré, ou au trente-sixième. Vaguement inspiré d’un polar, “Tip Top” ne se résume pas à son histoire. Celle-ci n’est, en effet, qu’un vague support pour une série de sketches mettant en scène des personnages excentriques. Deux inspectrices de la police des polices (Huppert, en maîtresse femme sado, et Kiberlain, en voyeuse invétérée un brin perverse) enquêtent, dans le Nord, sur la mort d’un indic algérien, dont le référent était le capitaine Robert Mendes (Damiens)…

Les intentions sont louables, excitantes, intellectuellement même. On aurait sans doute souhaité les retrouver plus clairement à l’écran. “Tip Top” se résume, en effet, à une comédie absurde qui surjoue la loufoquerie, frôlant parfois le dérapage ou à tout le moins la mésinterprétation de son un humour à froid. Comme dans cette première scène où François Damiens débarque dans un bar arabe en hurlant des insultes racistes pour provoquer la bagarre… Une scène brillante dans sa mise en scène, brute, mais légèrement malsaine. Un sentiment qui traverse le spectateur pendant tout le film.

La référence majeure, la pose presque, de Bozon, c’est un retour au cinéma du Godard années 60. Sauf qu’à la différence de son aîné, Bozon ne cherche pas à faire politiquement du cinéma. Chez Godard, l’humour, le décalage étaient au service d’un propos structuré. Alors que Bozon n’a visiblement pas grand-chose à dire sur la France d’aujourd’hui. Qu’il s’agisse du racisme, de l’intégration, de la mémoire de la Guerre d’Algérie (qui sert d’arrière-plan à l’intrigue policière), tous ces thèmes apparaissent comme prétextes. Dommage, car, s’il ne s’était pas encombré de ces références sociales et politiques, Bozon aurait accouché du réel ovni burlesque que “Tip Top” prétend être.

Quand il se contente, en effet, de jouer au cinéma, “Tip Top” crée de vrais beaux moments cinéphiliques. Comme l’arrivée, tout en théâtralité, d’Isabelle Huppert (en autoparodie permanente) et de Sandrine Kiberlain (génialement lunaire) dans ce commissariat de province. Ou cette scène d’amour violent entre Huppert et Naceri… Pas suffisant cependant pour apporter une réelle cohérence à “Tip Top”, éclaté entre ses quelques moments de fulgurance.


Scénario & réalisation  : Serge Bozon & Axelle Ropert (d’après Bill James). Avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, François Damiens, Samy Naceri… 1 h 46.