Nymphomaniac vol.I & II: que vaut le plan cul de Lars Von Trier?

Après des mois d'une campagne marketing à haute teneur lubrique, on a enfin pu poser le regard sur le nouvel objet cinématographique du controversé réalisateur danois. Avec de vrais morceaux de porno, de phallus et d'origines du monde dedans. Que vaut la sexualité débridée de Lars Von Trier?

Nymphomaniac vol.I & II: que vaut le plan cul de Lars Von Trier?
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Félix Dumont

Que vaut la sexualité débridée de Lars Von Trier? Après des mois d'une campagne marketing à haute teneur lubrique, on a enfin pu poser le regard sur le nouvel objet cinématographique du controversé réalisateur danois. Nymph()maniac n'est pas un film comme les autres: d'une durée de deux fois deux heures, il narre l'histoire de Joe, nymphomane solitaire. Avec de vrais morceaux de porno, de phallus et d'origines du monde dedans. Les chroniques nymphomanes peuvent commencer.

C'est dans la rue que débute l'histoire de Joe. Visage ensanglanté, au sol et complètement désemparée, elle est recueillie par Seligman, honnête homme qui lui offre le gîte en échange de sa torride histoire. Si c'est Charlotte Gainsbourg, muse masochiste du réalisateur, excisée deux films plus tôt dans Antéchrist, qui narre le conte, ses traits de jeune fille sont habités pour le premier chapitre par Stacy Martin, grandiose.



Un film de Lars et d'essai

L'histoire de Joe, ce sont quatre heures d'aventures sexuelles, d'errances solitaires, de sevrage, d'addiction, de plan à trois, d'adultères, et de sadomasochisme. Joe, elle est nymphomane et Lars Von Trier nous le montre clairement. On sait le réalisateur prompt à ce que d'aucuns appellent de la provocation et d'autres des revendications libertaires, il ne déroge pas à la règle avec Nymph()maniac: voici venir dans le 7e art un film avec des images de vraies pénétrations, fellations et autres gros plans sur les parties les plus intimes de notre corps.

Marc Dorcel retraité? Pas vraiment, les quelques plans pornographiques auront surtout servi à nourrir une campagne marketing avide de spectateurs et de rentrées financières. Toutefois, rassurez-vous: le Danois saura, encore une fois, choquer les pudibonds et les bien-pensants, bousculer l'ordre établi, et ravir les amateurs d'art et d'essai.

Car visuellement, Nymph()maniac est -souvent- une réussite, surprenant, lyrique, mélangeant le noir et le blanc, les couleurs les plus vives et l'obscurité la plus sombre. S'étalant sur quatre heures, le film multiplie les bonnes idées de montage et de photographie, offrant au réalisateur de Dancer In The Dark un terreau visuel parfait pour colorier ses plus belles réflexions mélancoliques et lyriques.

S'étalant sur quatre heures, le film multiplie aussi les genres: c'est une oeuvre sur la nymphomanie, mais c'est une symphonie, racontée avec une pléthore d'instruments. Le film aborde les thèmes de l'amour, du sexe, de la solitude et de l'addiction à travers différents styles, du drame à la comédie du malaise en passant par le film d'auteur ou la romance. Un choix intelligent, puisqu'il permet à l'auteur d'évoquer le sexe sous toutes ses formes et ses plus belles déviances sans tomber dans la redondance, le voyeurisme ou le plaisir malsain. 5, 55, 555 histoires sexuelles défilent ainsi sous nos yeux, mais l'on fait vite phi de ces nombres d'or, car l'essentiel de Nymph()maniac n'est pas là.


Le sadomasochisme, Beethoven et la pêche à la mouche

Si les scènes obscènes et les plans de culs sont légions, ils sont toujours mis en perspective par Seligman, compagnon philosophe de la narratrice qui voit dans ces actes nymphomanes prétendument mauvais un parallèle avec la philosophie, la religion, la pêche à la mouche et la musique classique. Nymph()maniac, un film sur la sodomie, les grandes et petites lèvres et les râles du plaisir, mais aussi un film sur Freud, Fibonacci, l'alpinisme, Beethoven, l'Eglise romaine et James Bond.

En termes de jeu d'acteur, mention spéciale sera faite aux acteurs principaux (Stacy Martin, Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgård) ainsi qu'à Uma Thurman, Madame H dans le film, qui porte l'une des plus suprenantes et réussies scènes du film, sur fond d'adultère, d'absurde, et de thé en famille.

Dans sa bousculade de l'ordre établi, Lars Von Trier fait plaisir autant qu'il agace: si l'on apprécie son combat en faveur de l'expression de toutes les expressions et la mise en valeur de sexualités considérées comme déviantes ou malsaines par une poignée de pudibonds, on s'ennuiera un peu de certaines scènes n'étant qu'un terrain pour les tribunes et justifications idéologiques du réalisateur, rendant le film poussif par moments et, pire encore, devenant ce qu'il dénonce: l'imposition d'une morale, ici celle de Lars.

Au final, la symphonie nymphomane de Lars Von Trier se laisse écouter avec beaucoup de plaisir. Seules quelques notes un peu trop lentes et une fin indigne du chef d'orchestre mettront à mal ce nouvel objet cinématographique. C'est sûr, Nymp()maniac fera couler beaucoup d'encre, mais on préfèrerait la voir se répandre sur la caméra de Lars Von Trier plutôt que sur les cuisses et l'intimité de Charlotte Gainsbourg. Voir ou maudire, il faut choisir. Votre pudeur s'en chargera.


N.B.: la version qui nous a été présentée en avant-première est la version complète, c'est-à-dire le volume I suivi du volume II, en version "à-peine-censurée" soit avec le retrait de certains gros plans de sexes. A Berlin, le film sera présenté dans sa version la plus intégrale, alors que chez nous, seul le volume I en version "à-peine-censurée" sortira le 1er janvier 2014, suivi quelques semaines plus tard de sa suite.


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