Bouli Lanners: "Cannes pour moi, c'est un mal nécessaire"

Le comédien belge Bouli Lanners évoque ses projets et ambitions pour la nouvelle année. Car en 2013, il s’est définitivement imposé comme un second rôle de premier plan.

Bouli Lanners: "Cannes pour moi, c'est un mal nécessaire"
©JC Guillaume
La rédaction

Bonne année, Bouli. On sait déjà un peu ce que l’avenir lui réserve. La sortie de “Lulu, femme nue” de Solveig Anspach, un tournage dans le Grand Nord canadien, la réalisation de son quatrième long métrage. Dans le rétro de 2013, on voit qu’il s’est définitivement imposé comme un second rôle de premier plan. Au côté de François Cluzet dans “11.6”, en directeur sportif de la “Grande boucle” et aux manettes d’une scène culte de l’année, lorsqu’il reconstitue grâce aux caméras de surveillance, le parcours du réveillon de Sandrine Kiberlain, le juge d’instruction de “9 mois fermes”.

Mai 2014, ça évoque quoi pour vous ?

Mon anniversaire, le 20 mai. Ce sera en plein dans l’actualité. Mais je serai en tournage au Québec, je vais donc voter par procuration. J’ai une phobie de l’avion, c’est la première fois depuis vingt ans. Comme cela, je ne penserai pas trop aux élections législatives.

Elles vous inquiètent ?

Oui, je sens qu’il va y avoir une percée de la N-VA. La Coupe du monde de foot ne va rien y changer. Même s’il existe un sentiment plus nationaliste lié au foot, cela reste du folklore. De façon beaucoup plus profonde, les Flamands ont envie de s’émanciper. Ce n’est pas la sixième réforme de l’Etat qui va tout apaiser. Dans l’histoire, chaque fois qu’une idéologie se met en marche, elle ne s’arrête pas comme cela. Cette envie de séparatisme, d’indépendance se nourrit depuis des décennies, c’est profondément inscrit, cela ne va pas s’arrêter avec une réforme de l’Etat. Même si on a envie que la Belgique gagne au foot, les gens ne sont pas stupides pour penser à cela au moment de voter.

Il y a la crise communautaire, mais aussi la crise sociale. Vous êtes très attentifs aux petites gens dans vos films.

Oui, je me sens très proche car je viens d’un milieu très modeste. Et puis, j’ai vécu en précarité pendant plus de vingt-cinq ans, je connais. Mais ce n’est pas une inquiétude très profonde, je suis beaucoup plus inquiet pour la survie de la planète, de ce qui se passe d’un point de vue écologique dans le monde. Est-ce que l’homme a encore sa place sur cette planète. Chaque crise économique se règle avec de la croissance et celle-ci ne va pas dans le bon sens de l’écologie. La société humaine génère des problèmes pour la planète qui est notre socle. Si celui-ci disparaît, la société humaine n’existe plus.

Existe-t-il un courant politique qui correspond à vos préoccupations sociales et écologiques ?

Aucun. Je suis chef d’entreprise, je pourrais voter pour le MR. Je suis croyant, je peux voter pour le CDH. Je suis plutôt de gauche, je pourrais voter pour le PTB ou le PS. J’adore la nature, donc je pourrais voter pour Ecolo. Il n’y a que pour l’extrême droite que je ne pourrais pas voter. Heureusement, il n’y en a pratiquement pas chez nous. Je ne vois pas mon idéal politique dans tout cela, je ne vois pas un leader que je pourrais suivre, je n’ai pas de Zapata. Les seuls qui me fascinent, ce sont les eco-warriors mais je n’ai pas les couilles pour risquer vingt ans de prison en Russie.

Mai 2014, c’est votre anniversaire, un tournage au Québec, les élections législatives. N’y a-t-il pas un autre événement en mai ?

Un petit festival ? Cannes pour moi, c’est un mal nécessaire. Je ne suis pas très glamour, pas très jet-set. Quand on y va comme metteur en scène avec un film, c’est une grande chance, mais c’est éreintant. On a de la presse non-stop, et puis, on peut se faire broyer à Cannes. Si un film d’auteur ne passe pas à Cannes, il a peu de chance d’exister. Je n’irai pas à Cannes cette année puisque je tourne mon film “Les premiers, les derniers”, juste après.

Au Québec ?

Non, j’y vais comme comédien, ce sera juste après. Le tournage était initialement prévu en Ecosse mais finalement ce sera en Belgique même si c’est très dur d’encore trouver des décors, car ceux que j’aime, ceux qui ont un peu de patine, disparaissent. Les voies de chemin de fer désaffectées, par exemple, tout sera enlevé par Infrabel en 2014. Pas uniquement pour des Ravel, pour récupérer le métal avant de se le faire piquer. Je suis très nostalgique et j’aime aussi ce qui est épique. C’est devenu très difficile de trouver des décors de ce type. Si je devais respecter scrupuleusement une logistique et une géographie propre à la Wallonie, je n’aurais jamais pu raconter mes histoires. “Eldorado”, un road movie en Wallonie, c’est pas possible ! Tu pars à 2 heures et à 4 heures t’es arrivé. “Les Géants”, une histoire de gamins qui se perdent dans une rivière ! Tu oublies, tu tombes de suite sur une location de kayaks. Mon prochain film sera une espèce de western, mais contemporain, habité d’un sentiment de fin du monde que je dois illustrer à travers des choses décaties et cela à tendance à disparaître en Belgique. Je dois tricher pour raconter mes histoires.


Entretien : Laurence Bertels, Sabine Verhest, Fernand Denis, Hubert Heyrendt, Jonas Legge, Pierre-François Lovens.

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