Le palmarès du cinéma belge en 2013

Lors de la création des Magritte du cinéma, beaucoup d’observateurs doutaient de l’intérêt de ceux-ci. Les trois premières éditions ont, en partie, fait taire les détracteurs. Un commentaire d'Alain Lorfèvre + INFOGRAPHIE.

Lorfèvre Alain

Un commentaire d'Alain Lorfèvre.

Lors de la création des Magritte du cinéma, beaucoup d’observateurs doutaient de l’intérêt de ceux-ci : "Il n’y a pas assez de films pour une cérémonie de prix; on va toujours retrouver les mêmes au palmarès." Les trois premières éditions ont, en partie, démenti ces assertions. Jusqu’ici, les nominations ont été de haute tenue, et les palmarès assez disputés. Certes, chez les comédiens, il y a déjà des abonnés. Chez les comédiennes, le renouvellement est plus important. Mais cette quatrième édition témoigne d’un relatif essoufflement.

Le seul film réellement marquant parmi les nominés, le dessin animé "Ernest et Célestine", signé par le Français Benjamin Renner et les Belges Stéphane Aubier et Vincent Patar, est sorti fin 2012. Il a remporté le César du film d’animation il y a un an, déjà ! C’était, aussi, l’année dernière, le film francophone ayant réalisé le meilleur score cumulé dans les salles belges et françaises. Les autres ne sont guère plus récents ("Au Nom du Fils", de Vincent Lannoo, avait fait l’ouverture du BeFilm Festival en décembre… 2012) et ont eu une carrière plus confidentielle.

Ce bilan en demi-teinte a été compensé in extremis par la nomination récente d’"Ernest et Célestine", toujours à l’Oscar du meilleur film d’animation. Une belle consécration, doublée à l’échelle belge de la nomination de "Broken Circle Breakdown", du réalisateur flamand Felix Van Groeningen, à l’Oscar du meilleur film étranger. Ce qui confirme la tendance du graphique ci-contre : la visibilité du cinéma belge est restée considérable dans le monde en 2013. Beaucoup de pays de population équivalente nous l’envient. Nombreux sont les observateurs qui constatent le nombre important de films produits en Belgique.

Mais les producteurs et les réalisateurs francophones ne doivent pas se reposer sur les lauriers de quelques-uns. Nos confrères critiques de cinéma et nous-mêmes le constatons de plus en plus : trop de films francophones pèchent par des scénarios qui auraient mérité plus de travail, par un manque de finition et de rigueur techniques, par des conventions narratives ou de mise en scène. Et nous ne parlons pas ici que du cinéma dit "d’auteur" : la tendance est tout aussi lourde dans les (co-)productions soi-disant grand public, dont le taux de retour sur investissement est parfois bien moindre, au vu des budgets conséquents investis.

Il manque à un large pan du cinéma francophone belge ce que les anglo-saxons appellent la production value. Les producteurs et réalisateurs flamands l’appliquent de longue date, sans complaisance et avec exigence. Et cela se voit à l’écran. Dans le monde entier.