"Short Term 12" : La fragilité de l’adolescence

Un petit film indépendant américain bouleversant, sur l’enfance en difficulté.

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Hubert Heyrendt

Sans faire de vague, voilà un film qui fait du bien partout où il passe. De festival en festival - il a notamment été montré à Gand et à Locarno, où il a décroché le prix du jury œcuménique -, "Short Term 12" s’est forgé une jolie réputation. Celle d’un petit film sensible qui veut miser sur la chaleur et la fraternité plutôt que sur la noirceur et le cynisme.

"Short Term 12" nous raconte l’histoire de Grace (Brie Larson). Hantée par un passé que l’on imagine douloureux, cette jeune femme sensible est directrice du Short Term 12, un centre d’accueil pour adolescents en difficulté en Californie. Elle sait faire preuve d’attention autant que d’autorité pour venir en aide à des êtres à peine sortis de l’enfance et dont la vie s’apparente déjà à un parcours du combattant. Si elle parvient en général à garder une distance, l’arrivée de la jeune Jayden (Kaitlyn Dever), qui vit visiblement une situation très délicate avec son père, renvoie Grace à sa propre adolescence… Et la force à se poser des questions sur sa vie et son couple.

Signant son second long métrage après "I Am Not a Hipster" en 2012 (déjà tout un programme à contre-courant des modes…), le jeune Hawaïen Destin Cretton en revient avec "Short Term 12" à son court métrage homonyme de 2008. Si le sujet lui tient tellement à cœur, c’est que le cinéaste a lui-même travaillé dans un centre d’accueil pour enfants difficiles. C’est cette expérience personnelle qui lui permet de trouver ici le ton juste, toujours dans la sensibilité, jamais la sensiblerie, oscillant entre drôlerie et gravité au même rythme que la vie…

Dès la scène d’ouverture, on est happé par la justesse de ce petit film indépendant qui évite tous les écueils du genre. On y voit, cape dans le dos, un enfant courir vers la caméra, poursuivi par ses éducateurs, qui doivent l’empêcher de sortir du centre. En dehors de celui-ci, ceux-ci ne peuvent en effet plus intervenir… En quelques secondes d’une profonde intensité, voilà résumée toute la tension du film, entre le besoin de liberté de ces ados en difficulté et la nécessité pour eux d’être pris en charge dans un cadre adapté, où ils peuvent retrouver un peu d’humanité. Mais jamais "Short Term 12" ne cherche à développer une thèse, juste à capter avec délicatesse des instants volés dans le vécu de ces enfants et des éducateurs qui les entourent…

Enfin, si le film de Destin Cretton parvient à nous toucher si profondément, c’est aussi grâce à la justesse de son casting, qu’il s’agisse des ados et des jeunes acteurs. Mention particulière pour Brie Larson (récompensée du prix d’interprétation à Locarno). Vue jusqu’ici à la télévision dans des séries comme "Ghost Whisperer" ou "United States of Tara", mais aussi au cinéma dans "21 Jump Street" et "Don Jon", le premier film de Joseph Gordon-Levitt cette année, la comédienne impressionne par sa retenue et sa sensibilité. On se réjouit de la retrouver prochainement à l’écran, tout comme Destin Cretton…


Scénario & réalisation : Destin Cretton. Photographie : Brett Pawlak. Musique : Joel West. Avec : Brie Larson, John Gallagher Jr., Kaitlyn Dever, Stephanie Beatriz… 1h36