Cannes, un rêve étrange et pénétrant

Le festival de Cannes est un peu comme le rêve étrange et pénétrant de Verlaine, il n'est jamais tout à fait le même, ni tout à fait un autre. C'est à la fois le paradis du cinéphile, mais aussi l'enfer.

fernand denis

Le festival de Cannes est un peu comme le rêve étrange et pénétrant de Verlaine, il n'est jamais tout à fait le même, ni tout à fait un autre.

Ni tout à fait le même. Spielberg et son jury sont repartis, Kechiche et sa Palme aussi. On n'y croisera plus la tête chercheuse d'Eliane Dubois, la patronne de Cinéart disparue en août dernier. Elle avait déniché ici tant de pépites qu'elle avait ensuite projetées sur les écrans belges.

Ni tout à fait un autre. Gilles Jacob fête ses 50 ans de présence, il est venu pour la première fois à Cannes en 64, il était alors critique à l'Express. Au festival, chaque projection commence à l'heure, avec quelques notes du "Carnaval des animaux" de Saint-Saens ponctuées d'un tonitruant "Raoul" hurlé par un spectateur anonyme.

C'est à la fois le paradis du cinéphile. Le bonheur de découvrir des films que personne n'a encore vu car la veille parfois, on y travaillait encore. Il arrive d'ailleurs que manque le générique de fin (ce qui avait déclenché la colère des techniciens de "La vie d'Adèle" l'an dernier). On voit la crème de la production de l'année, chaque titre sélectionné a forcément des qualités même s'il faut parfois bien chercher et même accepter de ne pas les trouver.

Et c'est aussi l'enfer, celui des longues files, pressés comme des sardines pour finalement trouver portes closes: salle complète! La frustration de ne pas pouvoir assister à deux projos simultanément, l'angoisse de ne pas avoir fait le bon choix, de ne pas être au bon endroit. L'exaspération d'avoir des artistes à portée d'interview sans réussir à les rencontrer. La fatigue de vivre des nuits trop courtes, de ne plus plonger dans le sommeil profond où l'on peut faire un rêve étrange et pénétrant...