"Violet", en eaux troubles, navigue entre Lynch et Haneke

À partir d'un fait-divers qui pourrait s'étirer en complainte sociologique tire-larmes et moralisante, Bas Devos, à la manière de Gus Van Sant, déploie son film dans une atmosphère ouatée et suspendue, faite d'ellipses et d'ambiances crépusculaires, entre mutisme et évanescence.

Anne Feuillère
"Violet", en eaux troubles, navigue entre Lynch et Haneke
©Capture d'écran

On dit du violet qu'il est la couleur de la névrose. Celle qui donne à voir la nuit, c'est aussi la couleur du demi-deuil qu'on endosse après le noir, la lumière du crépuscule entre deux mondes. C'est ce sentiment, entre ici et ailleurs, vie et mort, que Violet raconte, et le titre du premier long métrage de Bas Devos est la seule charge réellement symbolique du film, son seul commentaire qui en éclaire toute la lecture...

Violet s'ouvre sur des images mutiques d'écrans de surveillance d'un centre commercial. Pendant plusieurs minutes, rien ne s'y passe, quelques jeunes gens discutent ici et là aux coins des écrans. Il faudra un certain temps, une certaine attention, pour saisir que quelque chose arrive finalement. Imperceptiblement. Un événement d'une rare violence, à peine entr'aperçu sur ces écrans gris et neutres. Une dispute entre quatre jeunes gens, on ne sait pas pourquoi, un coup de couteau, un jeune homme qui s'écroule, l'autre qui reste stupéfait, les deux autres qui prennent la fuite. Point. Ni plus ni moins que la froideur distante des images anonymes, insipides. Un geste, un rien et tout s'écroule.

À partir de ce fait-divers qui pourrait s'étirer en complainte sociologique tire-larmes et moralisante, Bas Devos, à la manière de Gus Van Sant, déploie son film dans une atmosphère ouatée et suspendue, faite d'ellipses et d'ambiances crépusculaires, entre mutisme et évanescence. Et il fait une entrée fracassante dans le cinéma d'auteur belge avec ce premier long métrage inquiétant et hypnotique. Violet revient avec le Grand Prix du Festival de Berlin où il était sélectionné dans la compétition Generation 14 plus.

Si l'on pense à Gus Van Sant, c'est à cause de tous ces adolescents qui bikent langoureusement en groupe, à cause de cette photographie chaude et très contrastée, cette caméra froide, souple et alanguie qui cultive un regard distant, déconnecté, au bord de la déréalisation et de l'engloutissement, mais parce qu'on plonge ici aussi dans les pires déboires existentiels de jeunes gens perdus, traumatisés, qui se violentent en sourdine, il y a du même coup dans ce premier long métrage comme une sorte d'étrange hybridation entre Michael Haneke et David Lynch. Un drôle d'accouplement entre le maître de la froideur sordide et le roi de l'onirisme inquiétant.




Violet est présenté en Avant-Première à Bozar, ce dimanche 26 octobre à 15h.